Pieter Cornélius MONDRIAAN avant de devenir Piet MONDRIAN
Naissance 1872 Amersfoort Pays Bas – Décès 1944 New-York
Il enlèvera le -er- de son prénom et un des -a- de son nom. Selon les sources ce sera parce que c’est inutile, de trop, … Mondrian était contre tout ce qui était superflu. Ou encore, c’est parce que cela se passait mal avec son père qui voyait d’un mauvais œil la voie qu’il prenait. Mais aussi, il décidera de modifier son nom et du coup son prénom pour se distinguer de son oncle Fritz Mondriaan qui était un artiste peintre amateur relativement connu dans son pays.
Nous avons vu que Kandinsky pratique de l’abstraction lyrique au début de sa recherche et l’abstraction géométrique dans sa période Bauhaus et à certains moments qu’il associe même les deux.
« Tout sentiment, toute pensée individuelle, toute volonté purement humaine, tout désir particulier, toute espèce d’attachement en un mot conduisent à la représentation tragique et rendent impossible la pure plastique de la paix »
On va voir que pour Mondrian, les émotions sont bannies, tout est sérieux, difficile. L’art va l’aider à vivre.
Pour celles, ceux qui se sont déjà retrouvé.e.s devant un Mondrian
Et qui se disent que devant ceci elles, ils ne ressentent rien…. Eh bien tout va bien. C’est normal, c’est volontaire chez Mondrian.
Tous les précurseurs de l’abstraction y arrivent par des chemins différents et c’est intéressant d’examiner ces différent parcours. Ces artistes vont créer une nouvelle expression artistique. En effet, avant eux tout le monde faisait ou en tous cas avait l’intention de faire du figuratif, même si le résultat était du « semi figuratif » *, l’intention abstraite n’existait pas.
* semi figuratif : des indices, suggèrent, conduisent vers un sujet. Mais ce n’est pas aussi clair que dans le naturalisme.
1872 Naissance a Amersfoort aux Pays Bas, si Kandinsky est russe, Mondrian est hollandais. Il naît au sein d’une famille protestante calviniste. Ce qui aura des répercussions sur son éducation, son développement personnel. Dans ce courant religieux deux doctrines sont omniprésentes. La première : la prédestination et chez ces derniers la double prédestination qui dit que Dieu a choisi de toute éternité ceux qui seraient graciés et ceux qui seraient damnés. La seconde : il s’agit de l’enseignement selon lequel, à la suite de la chute de l’homme, toute personne née dans le monde est réduite à l’esclavage du péché en raison de sa nature déchue et, sans la grâce de Dieu, elle est absolument incapable de choisir de suivre Dieu, de s’abstenir du mal ou d’accepter le don du salut tel qu’offert. Il y a donc dans cet enseignement peu de place pour la fantaisie, l’écart est inenvisageable. Son père est instituteur. Imaginons un instant l’instituteur du début du vingtième siècle. Personnage nimbé de pouvoir, régnant sur la classe du haut de son estrade et faisant marcher ses élèves à la baguette. Ce père est aussi le pater familias, le patriarcat incarné, d’ailleurs on a peu d’information sur sa mère. De surcroît, il est protestant calviniste donc vraisemblablement rigoriste.
Même si son père homme exalté s’adonnait souvent au dessin, c’est son oncle qui l’initie à la peinture en extérieur.
Piet y voit sa vocation et une échappatoire à l’atmosphère lourde de sa famille et à la pression paternelle. Mais celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et l’oblige à suivre ses traces : l’enseignement. Piet souscrit au dictat paternel mais choisit sa matière : le dessin. A cette époque dès « le secondaire » on pouvait choisir une voie vers un métier et sortir de l’école à vingt ans avec un diplôme pour enseigner et ce dans différentes disciplines. Il est bon élève et obtiendra son diplôme à dix-sept ans. Il ajoutera à cela trois années supplémentaires pour développer les différents secteurs où il pourra exercer son métier. Et à vingt ans il peut enseigner aux enfants mais aussi aux personnes plus âgées que lui.
Au moment de sa première prise de poste d’enseignant il dit:
« Le sombre bâtiment de l’école…. »
Il tourne les talons et s’enfuit. Et songe à la prêtrise… avec peut-être l’envie de plaire à ce père intransigeant. Mais les études de théologie l’obligeraient à abandonner la peinture et ça c’est impossible.
1893 il s’inscrit à l’Académie des Beaux Art d’Amsterdam contre l’avis de son père et pour fiancer ses études accepte d’enseigner dans des écoles primaires et secondaires.
Et à l’Académie Pieter Mondriaan fait ceci :
Nous allons regarder quelques œuvres et puis nous chercherons à trouver les courants qui ont influencé Mondrian qui a cette époque était encore Pieter Mondriaan.
Quand on parle de Mondrian on n’imagine pas qu’il a peint des vaches dans un champ devant une église. Et cette œuvre se rattacherait plutôt à l’Ecole de Barbizon, le mouvement précédant les Impressionnistes.
Dans celui-ci on a des couleurs du bleu du gris et il bascule vers l’expressionnisme.
C’est un peu trop flouté pour le relier à Corot. Turner est plus contrasté, il y quand même toujours une pointe de lumière, de couleur.
Duiven se traduit par pigeons et drecht par gué.
Ici on est plus dans le désespérant. Un peu de symbolisme… mais avec cet aspect de tristesse, de lourdeur on est dans ce grand courant qui s’appelle l’expressionnisme ou les émotions exprimées touchent ou effleurent le « drame ». Voir aussi Léon Spilliaert.
Ici on pourrait parler des Fauves pour les couleurs qui sont le premier élément qui nous frappe. Mais les Fauves ne respectent pas beaucoup tout ce qui est composition, structuration des éléments rapport des tailles des choses. Il cassent aussi les perspectives, les notions de plans qui apparaissent ici. Très à l’opposé de ce qu’il va faire plus tard. Probable influence de Van Gogh également.
Ce n’est ni du Pointillisme, voir « Le dimanche à la Grande Jatte », ni du Tachisme mouvement plus tardif. Mais on sent la volonté de construire le sujet par une juxtaposition de touches de couleurs exécutées par l’apposition de la brosse sur la toile et la touche est plus grosse qu’un point.
Celle-ci, si on n’a pas le titre, et même avec le titre on a un peu de mal à reconnaitre le sujet. On est dans le semi figuratif. On est d’accord avec le bleu du haut du tableau qui peut suggérer le ciel et la mer dans la partie gauche. Mais les couleurs de la dune sont assez improbables. C’est l’exemple typique du tableau qui sans titre nous fait dire : Abstraction ! Hors ce n’en est pas puisqu’il y a un titre, et Mondriaan a vraiment l’intention de faire une dune de Zélande. Même si la représentation qu’il en fait avec des choix techniques qu’il détermine donnent ce résultat qui nous apparaît peu compréhensible; ce n’est pas de l’abstraction. Il utilise aussi le principe de séries avec plusieurs œuvres sur les dunes. Et dans la construction de son abstraction cela va apparaître également. Aujourd’hui, des artistes travaillent sur ce principe de séries par intérêt d’explorations de chaque moyen technique. On peut travailler une série en s’occupant de la lumière, des couleurs, de l’évolution du sujet, du point de vue,… en fait tous les procédés techniques de l’analyse esthétique peuvent être travaillés. Et l’objectif de ce procédé séries est d’exploiter le champ des possibles.
Voilà pour les différents points d’ancrages auxquels Pieter Mondriaan s’essaye pendant ses années à l’Académie et c’est normal puisque ce sont les courants qui existent à ce moment là. On peut constater qu’il est en mesure de dessiner et se servir des couleurs.
Pieter Mondriaan à ce moment là vit des contradictions internes violentes : entre le désir de s’exprimer par la peinture pour dire qui il est et, une forte culpabilité envers le père qui lui a inculqué le socle des valeurs calvinistes auxquelles il est confronté à chaque retour en famille.
Rendons nous compte que par rapport au début du vingtième siècle, aujourd’hui et dans nos contrées ne pas croire en Dieu.x est relativement confortable. Mais ailleurs dans le monde, sans aller nécessairement très loin, pensons à l’Italie, l’Espagne, la Pologne, ce n’est pas aussi simple et à fortiori quand on va dans d’autres contrées plus éloignées, l’Amérique du Sud, l’Asie, ou même les Etats-Unis …. Il a donc le sentiment de vivre dans le péché et il dit d’ailleurs tardivement, quand il est à New-York,
« mon père étant hostile d’autres gens payaient mes études ».
La réprobation silencieuse qu’il ressent et la distance qui s’installe entre lui et ce père qui désapprouve ses choix lui font rechercher l’absolution.
LES ÉLÉMENTS QUI LE MÈNENT À L’ABSTRACTION.
1) LA THÉOSOPHIE.
Dans le dix-neuvième siècle finissant l’industrialisation, le scientisme et le progrès élevé au rang de culte vont provoquer un désenchantement du monde. En réaction, face à cette invasion de la science à tout prix et au matérialisme ambiant, de nombreux esprits intellectuels vont se tourner vers l’ésotérisme et de nouvelles doctrines spirituelles. Ce qui explique le succès de la Théosophie entre 1900 et 1920.
Emblème de la société théosophique.
Les cinq symboles visibles dans le sceau sont : l’Etoile de David, l’Ankh, le Svastika, l’Ourouboros et, au-dessus du sceau, le signe Aum
Autour du sceau sont écrits les mots : « Il n’y a pas de religion supérieure à la Vérité ».
La Théosophie est une attitude philosophique et religieuse, son nom vient du grec ancien theosophia qui signifie « sagesse de Dieu » et les Les theosophoï sont, littéralement, « ceux qui connaissent les choses divines ».
La rencontre du Colonel Henri Steel Olcot et d’Héléna Petrovna Blavasky est à l’origine de cette nouvelle « religion ». Ils vont fonder ensemble en 1875 à New-York La société Théosophique qui prône un syncrétisme, mélange d’influences, de diverses religions et philosophies. Helena Blavatsky est très versée dans toutes ces connaissances qu’elle a apprises aux cours de nombreux voyages et contacts avec tout ce qui ressemble de près ou de loin à un prêtre, chaman, gourou,.. et s’est formée auprès d’eux aux sciences occultes et ésotériques. Elle sera donc la tête pensante de cette nouvelle société et écrira d’emblée le livre Isis dévoilée. Et à la fin de sa vie, en 1888 à Ostende, La doctrine secrète, livre qui accompagnera Mondrian toute sa vie et qui a influencé nombre d’intellectuels, d’artistes dont Kandinsky, Ensor, Pollock. Le colonel lui en sera le Président et organisateur avec le juriste William Quan Judge qui sera secrétaire. Le centre mondial théosophique se déplacera définitivement en Inde en 1878 à Adiar près de Madras.
Les trois fondements de la Théosophie:
- Former un noyau de la fraternité universelle de l’humanité, sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur ;
- Encourager l’étude comparée des religions, des philosophies et des sciences ;
- Étudier les lois inexpliquées de la nature et les pouvoirs latents dans l’homme.
Tout le monde peut y entrer, mais seuls les initiés ont accès aux savoirs ésotériques. L’ésotérisme est surtout la caractéristique des philosophies pythagoricienne, kabbaliste et, de façon générale, des doctrines qui visent à créer une initiation et une hiérarchie sociale. C’est aussi le fondement des mouvements New âge actuels.
Pourquoi Mondriaan s’est intéressé à la Théosophie ? Parce que l’un de ses grands principes est l’union avec Dieu.x, cette entité puissante, avec d’autres moyens que les religions monothéistes et notamment ceux que son père et de la religion calviniste lui ont inculqués. Le second et le troisième fondement sont clairement liés à l’étude et aux savoirs. Rien n’est instinctif, tout est spirituel au sens de l’intellect. Et comme c’est l’esprit qui doit dominer cela va intéresser Mondrian.
De plus, cet esprit doit être en lien avec la nature. Un des objectifs de la Théosophie est la mise en évidence des lois secrètes de l’univers. Si on met de côté l’aspect religieux on est très proche de l’humanisme du quinzième siècle. Cet angle de vue spécifique va permettre à Pieter Mondriaan de légitimer son intérêt pour le dessin, lui donnera une raison rationnelle à sa passion et s’y adonner quoiqu’en pense son père. Son objectif sera donc, au travers de sa pratique artistique, de comprendre l’univers et d’en rendre compte. Mondriaan va entamer des études pour entrer dans la société théosophique de Hollande, il finira ce cursus à trente sept ans.
Il fera une seule œuvre dite théosophique.
On voit qu’il a représenté un corps féminin, nu, hiératique, les trois états d’accessions spirituels de la Théosophie. Dans le panneau de gauche on aurait le sentiment religieux teinté de peur, dans le panneau de droite le jaune symbole de l’intelligence puissante et dans le panneau central, le bleu des yeux ouvert symboliserait l’éveil de l’initié.
Si nous reprenons les tableaux vus précédents, ils sont figuratifs et représentent la nature au sens basique, le socle au sens théosophique. Evolution proposerait un autre stade de l’élévation toujours au sens théosophique. Il utilise des symboles, c’est plus compliqué à comprendre.
Cette approche perdurera dans le reste de son œuvre avec l’idée de vouloir représenter l’univers de la manière la plus juste possible. Mais pour cela il faudra passer à l’abstraction.