Une controverse perdure depuis l’achat du tableau en 1912 par les Musées Royaux de Belgique. L’original aurait disparu. Reste deux copies.

73,5×112 – Huile sur toile montée sur bois. Musée Royaux des Beaux Arts de Belgique

C’est soit une copie autour de 1600 , soit une transposition sur toile avec des repeints.

63×90 – Huile sur panneaux – Musée Van Buuren, Bruxelles copie 1583

Nous travaillerons sur l’exemplaire du Musée Royal.

I IMPRESSIONS GÉNÉRALES

  • curieuse
  • apaisée
  • amusée
  • émerveillée
  • joyeuse
  • angoissée
  • relaxée
  • contrastée – non ce n’est pas une émotion mais un terme technique que l’on retrouvera dans les procédés techniques
  • aventurier
  • transporté
  • révolté

II PROCÉDÉS TECHNIQUES

1 LE PLAN

Trois :

  1. de nous jusqu’à la ligne formée par les premiers buissons avant l’homme debout. Ce n’est pas bon parce que si on prolonge ce début d’oblique, on coupe les buissons hauts à gauche du tableau.
  2. jusqu’à l’île …
  3. le ciel

On tombe dans le piège tendu par Brueghel.
En fait la réponse est un ou deux plans. Parce que dès que l’on parle de l’eau, celle-ci est une seule étendue que l’on ne peut pas couper. Et donc on est obligé de dire un seul plan. Mais l’on peut éventuellement décider que le ciel est un autre plan.

2 LIGNES DE DIRECTION

Une courbe, à gauche qui suit le dessin accidenté de la côte.
Une horizontale, qui dessine l’horizon.
La courbe guide vers la profondeur et dynamise le paysage, l’horizontale le stabilise.

3 FORMES GÉOMÉTRIQUES

Un triangle…. Non.
Il n’y en a pas. Pour rappel l’artiste peut ne pas avoir utilisé un procédé. Mais, cette absence génère un effet.

4 LA COULEUR

Le cercle chromatique, le noir / le blanc.

Il y a du vert, du bleu, du rouge, des marrons et des ocres qui sont apparentés au jaune et à l’orange. On peut dire que c’est une utilisation restreinte du cercle chromatique. 5 couleurs mais dans ces cinq tons il y a une multitude de nuances.

Pas de noir, mais du blanc. Ou en tous cas proche du blanc.

Aspects Techniques :

les contrastes/ les harmonies.

Les contrastes présents sont : le vert et le rouge et orange et bleu qui sont des contrastes complémentaires. Même si pour l’orange et le bleu dans le ciel sont tellement affadis, on a du mal à parler de contraste.
Les harmonies sont également présentes et sont même majoritaires.

On pourrait parler de chaud et froid. Ici quelles sont les couleurs les plus utilisées ? Les couleurs froides. Ce tableau est-il froid ? Non. D’où mon malaise à parler de chaud et de froid dans ce procédé.

Les intensités.

Dans le ciel, il y a du bleu pastel, clair, fade. Le vert peut être moyen, intense, saturé presque noir dans les buissons. Le rouge est pur.
L’idée est de définir l’utilisation majoritaire. Les intensités les plus utilisées sont basses, avec quelques moyennes et quelques contrastes marquants.

Aspects émotionnels :

Pour cerner l’émotion liées à une couleur, un exercice mental est nécessaire. Il faut sortir la couleur du tableau et la placer sur une feuille blanche. Nous sommes dans le champ émotionnel donc les ressentis divergent !

Le bleu pastel du ciel : douleur, tranquille, détente, tristesse, douleur, …
Le rouge : joie, colère, énergie, stabilité, agressif, …
On ne fait pas toutes les couleurs, quelques-unes des plus marquantes suffisent.

5 LA LUMIÈRE

Possible / Impossible /Sa source

Possible. Situation de lumière inventée par l’artiste.

Aspects techniques :

Elle est naturelle, on voit le soleil sur l’horizon et on sent une radiation. Et pourtant on constate des zones de lumière qui ne semblent pas dues à la radiation du soleil qui jouxtent des zones d’ombres. Ce n’est pas un clair obscur. Après ce constat on revient au point précédent où l’on avait pensé au départ que la situation de lumière était possible et on corrige.
La lumière est contrastée. Elle est forte au-dessus du soleil dans cette tache sur la mer. Elle est plus douce, homogène sur la ville. Sur le laboureur et ses environs immédiats elle est contrastée.
La lumière a une couleur : elle est plutôt blanche sur l’extrême pointe de la falaise à droite. Jaune, orange dans le haut du ciel. Bleu vert sur la mer. Et jaune sur le laboureur.

Aspects émotionnels :

Glaciale n’est pas valide c’est un dérivé de chaud et froid on pourrait dire inquiétante, apaisante, joyeuse, calme, …

6 LA PERSPECTIVE

La perspective est le procédé qui travaille sur l’illusion. Elle nous fait croire que sur le plan vertical du tableau il peut y avoir une profondeur. Les différentes perspectives que nous utiliserons dans ce cours sont :

  1. La perspective chromatique liée à la couleur qui selon des zones différentes font avancer le regard dans le tableau.
  2. L’aérienne liée à la lumière, qui par une qualité différente conduit également le regard vers le fond de la composition.
  3. La linéaire liée aux lignes allant vers un point de fuite et qui nous vient de la Renaissance. Mais qui est parfois suggérée par le rétrécissement des éléments chez les peintres flamands dits « primitifs ».
  4. La rabattue qui donne l’illusion que les éléments vont tomber.
  5. Le sfumato qui est lié au flou et qui doit être redéfini par le groupe de travail « lexique ».

La perspective chromatique dans ce tableau nous fait avancer par le choix de couleurs bien contrastées, ocre, marron, vert, pour le laboureur et son champ ; l’homme debout et le pêcheur à droite et les deux taches de rouge qui ancrent notre regard dans l’avant plan. Couleurs bleues, vertes, jaunes qui deviennent de plus en plus pâles et affadies au fur et à mesure que l’on va vers l’horizon. En plus, il y a cette zone où les couleurs ont presque disparu dans la zone médiane qui fait le pont entre le devant et le fond du tableau.

La perspective aérienne : en avant plan une lumière jaune qui alterne entre ombres et lumières. En zone médiane une lumière homogène sur la ville à gauche et les falaises à droite. Et au fond une lumière bleuâtre et jaune pâle. Sur la mer une lumière bleu vert.

La perspective atmosphérique : une grande netteté dans l’avant plan et au plus on avance dans le tableau au plus les éléments deviennent flous.

La perspective linéaire : bien qu’ici, elle ne soit pas mathématique au sens renaissant du terme, on a bien une perspective linéaire qui a le soleil comme point de fuite. De plus, il n’est pas au centre mais à droite et au lieu de mettre des lignes bien droites vers ce point de fuite, il utilise des courbes : les lignes de côtes échancrées mais bien visibles.

Les personnages diminuent de taille. Le pêcheur n’est peut-être pas tout à fait juste. En effet, si on le déplie il est plus grand que le second personnage. C’est un des éléments qui étaient reprochés aux « primitifs flamands », nous y reviendrons dans le contexte culturel.

7  LA FACTURE PICTURALE

Si je passe la main sur le tableau, c’est lisse.

Qualité de la matière : crémeuse

La touche est : imperceptible, fondue, précise, floue, contrastée

Geste de l’artiste : souple, maîtrisé, précis, vif,

Humeur : concentrée, détendue, enlevée, …

8 POINT DE VUE

Question ?
On a l’impression d’être au-dessus du laboureur alors que l’horizon est si haut ?
Notre regard est effectivement au niveau du soleil parce que nous adoptons l’angle de vue du Père d’Icare qui volait lui aussi au-dessus de ce paysage.

III LES EFFETS RECHERCHÉS

Construction d’un effet recherché

Dans la partie explicative de l’effet recherché vous pouvez vous impliquer. C’est à dire utiliser une métaphore, une image pour rendre votre compréhension de l’effet plus claire, plus puissante, …

LE PLAN

  • Apaisée par le plan unique qui me fait penser que je suis en vacances sur un bateau.
    Ce serait encore mieux : Apaisée par le plan unique qui m’emmène dans un voyage tranquille dans ce bateau du tableau.
  • Ébaubie, ahurie, par ce seul plan qui me confronte à l’infini du monde de cette époque.

LA FORME GÉOMÉTRIQUE

  • Intriguée par l’absence de forme géométrique qui m’invite au voyage dans un espace inconnu.

LA LIGNE

  • Aventurier par les lignes de direction courbes et multiples qui me font avancer en découvrant peu à peu le paysage.

LES COULEURS

  • Apaisé par le cercle chromatique restreint et nuancé qui renvoie à la sérénité d’un paysage naturel.
  • Angoissé par le vert bronze de la mer qui m’apparaît d’une profondeur abyssale.

LA PERSPECTIVE

  • Douceur par la perspective atmosphérique qui m’entraîne dans ce paysage maritime apaisant.

LA LUMIERE

  • Emerveillée par les zones de lumière contrastées, homogènes qui me font découvrir un paysage fascinant.

LA FACTURE PICTURALE

  • Émerveillée par la facture picturale précise dans les moindres détails de l’avant plan et m’emmène progressivement dans le flou de l’arrière plan.

L’ANGLE DE VUE

  • Je domine par l’angle de vue en plongée qui me fait flotter au-dessus du laboureur et

IV LE CONTEXTE CULTUREL

Dans ce paragraphe on rassemblera des informations nécessaires à la compréhension de l’œuvre.

Le contexte historique, sociologique, économique :

La chute d’Icare est une œuvre de la Renaissance Flamande. On est dans la période de la Renaissance qui a débuté en Italie fin 13ème début 14ème siècle avec l’apparition d’une nouvelle philosophie : l’Humanisme qui met l’Humain au centre de ses préoccupations. On s’intéresse à sa biologie, sa constitution et sa place dans l’univers. Cette philosophie est associée à la religion, en Italie la religion catholique. La remise en question de l’existence de Dieu ne se fera qu’au siècle des Lumières c’est à dire quatre siècles plus tard. Donc, deux visions du monde se côtoient : la religion et ses préceptes moraux et l’Humanisme qui propose une nouvelle vision du monde et invite à placer l’humain au sein de celui-ci d’une nouvelle manière.

Dans la démarche de compréhension de l’univers où évolue l’humain, on s’intéresse aux animaux, aux plantes, aux phénomènes physiques. On cherche à comprendre le cycle du soleil plutôt que d’y voir de la magie. Copernic (1473/1543) et sa théorie de l’héliocentrisme (1513) sont en train de révolutionner la vision du monde. Pour représenter cet espace, la perspective est élaborée et sera le moyen de montrer et expliquer l’espace au spectateur. Elle se divise en perspective linéaire basée sur les mathématiques et perspective aérienne, chromatique qui consiste à proposer des zones de lumière différentes, d’adoucir les contours et à dégrader les couleurs de manière progressive.

Si la Renaissance émerge en Italie elle va se répandre sur toute l’Europe et donc en Flandre. Les artistes flamands vont s’emparer de certains de ces nouveaux critères tout en gardant des formes traditionnelles de l’art médiéval. A cette époque, la Flandre est colonisée par les Espagnols, peuple de fervents catholiques. Les artistes flamands vont d’autant plus magnifier ce lien à la religion catholique. L’inquisition bat son plein et les procès pour sorcellerie sont courant et il est souvent question de Dieu s’opposant au diable. En Flandre, le monde des ténèbres est encore omniprésent et bat en brèche cette nouvelle proposition qu’est l’Humanisme. Cela donnera une typologie particulière à l’art flamand. Se mettent en place les réformes religieuses avec des climats de guerre intenses, ce qui ne génère pas de l’harmonie, du calme, de la paix dans les productions artistiques.

Brueghel va être influencé par un prédécesseur : Jérôme Bosch 1450/1516. Son œuvre est peuplée de petits monstres, créatures qui sont très en lien avec cette mentalité médiévale. Brueghel représentera aussi ces créatures.

Dès le 19ème siècle, les historiens de l’art vont utiliser le terme de « Primitifs flamands ». Le terme Renaissance était utilisé pour distinguer cette nouvelle période qui paraissait comme une renaissance rapport à la période médiévale que l’on percevait comme obscure. Cela révèle les préjugés de l’époque. On pensait qu’au Moyen Âge on n’inventait rien, on ne créait rien. C’est absolument faux, c’est une période riche de découvertes, de prise de positions.

L’art proposé par les artistes italiens est vraiment novateur et la qualification de renaissant est objectivement adéquate. La production des artistes flamands semblait moins élaborée que celle des Italiens. Mais aujourd’hui, quand on regarde un Brueghel ou un Jérôme Bosch on ne peut nier la complexité, la richesse du travail de ces artistes. Les peintres flamands font également des innovations techniques. La légende dit que Van Eyck aurait inventé la peinture à l’huile mais il a surtout amélioré le procédé. Tout comme Léonard de Vinci a amélioré le sfumato. On peut donc préférer l’appellation  Renaissance Flamande plutôt que Primitifs Flamands.

L’artiste

On introduira dans ce paragraphe des informations nécessaires pour mieux comprendre l’œuvre. Il s’agit d’être concis.e, et de ne pas se perdre dans trop de matière.

La chute d’Icare (1558) est une œuvre de la Renaissance Flamande. On est à la période de la Renaissance qui naît en Italie fin 13 ème et début 14 ème axée sur une nouvelle philosophie : l’Humanisme qui met l’homme au centre des préoccupations. On s’ intéressera à sa biologie, sa constitution mais aussi à sa place dans l’univers.

On ne sait pas grand-chose de Brueghel. La date de naissance est supposée 1525, par contre on est relativement certain de la date de décès en 1569 du fait de tableaux peints et datés peu avant sa mort. Il naît dans le village de Brueghel près de Breda, ce sera donc Pieter Brueghel et il gardera ce patronyme pour sa descendance. Il fait sa formation à Anvers et commence tôt, vers treize ans comme apprenti. Il fait le parcours de l’apprentissage, prépare le matériel, nettoie l’atelier, … puis, peu à peu se voit confier des tâches plus importantes et intéressantes comme la préparation des panneaux de bois puisqu’à l’époque on peint sur bois.

L’étape suivante c’est l’entrée en corporation, qui sont des structures qui organisent les métiers dans leurs fonctionnements mais aussi qui veillent à la qualité de la production. Les peintres sont à cette époque plus considérés comme des artisans que comme des artistes. Il est attesté qu’il a travaillé à Anvers et à Bruxelles où il a vécu dans le quartier des Marolles, et où il est enterré dans l’église Notre Dame de La Chapelle. Ses deux fils, Pieter Brueghel le Jeune et Jean Brueghel dit Brueghel de Velours seront des peintres reconnus et célébrés. Les historiens de l’art ont parfois beaucoup de mal à distinguer lequel des trois à exécuté telle œuvre.

En 1552, il fait un voyage en Italie à Naples et à Rome où il verra les nouvelles propositions faites par les peintres italiens. Giorgio Vasari peintre, architecte et écrivain toscan est en quelque sorte le fondateur de l’histoire de l’art. En 1568 la seconde édition de son livre sur « Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes » rassemble des données historiques, biographiques, des anecdotes sur les artistes les plus connus et Brueghel y figure.

De retour d’Italie, Pieter Brueghel a de nouvelles idées. Mais, il est confronté au système de commandes et doit répondre à des critères de qualités prescrit par la guilde comme des critères de : symbolique, de traitement de sujet, de format, …. Il ne peut, donc, pas peindre d’emblée comme les Italiens. Mais il introduit des nouveautés en termes de cadrages, de couleurs, de perspective comme on l’a vu dans cette oeuvre-ci. Les représentations de Brueghel semblent maladroites ; certains corps pourraient paraître disgracieux, certaines perspectives erronées mais c’est une apparence. Il propose au contraire des nouveautés qui ont leurs propres caractéristiques qui permettent de reconnaître un Brueghel au premier coup d’œil du fait de sa patte définie et personnelle.

Ses œuvres semblent par leur style appartenir au Moyen Age plutôt qu’à la Renaissance par l’esprit narratif au sens où cela raconte quelque chose, en lien avec cette tradition de contes et fables du Moyen Age. Mais il les peints comme ses collègues Italiens dans une quête du « beau ». Une crucifixion peinte par un Italien offrira un aspect esthétisant de l’instant dramatique. Cependant, il garde par contre l’aspect narratif et obscur.

L’œuvre

Le sujet est la chute d’Icare. Où est-il ? On voit juste deux petites jambes qui émergent de la mer en bas à droite, elles occupent un espace minime par rapport au reste de la composition.

Le mythe : Dédale qui a construit le labyrinthe à la demande de Minos pour y enfermer le Minotaure fruit des amours de son épouse et d’un taureau blanc. Thésée enfermé dans le labyrinthe reçoit l’aide d’Ariane avec le stratagème du fil conseillé par Dédale. Minos se considérant trahi enferme Dédale et Icare dans le labyrinthe. Ne pouvant s’échapper ni par la terre, ni par la mer surveillées par Minos. Dédale crée des ailes faites de plumes et de cire. Il conseille à son fils de ne pas s’approcher du soleil qui ferait fondre la cire. Icare fasciné par la vue veut en voir encore plus et s’élève dans le ciel. Ce qui devait arriver arriva, il chute dans la mer où il se noya.

Interprétation du mythe : cela représente la démesure, l’orgueil de vouloir s’approcher du soleil, des dieux. Le thème de la transgression est également présent : transgression des règles entre parents et enfants, entre groupe sociaux et plus largement entre nature et culture.

Ovide, écrivain romain, écrit dans les Métamorphoses : « Un pêcheur occupé à tendre des pièges aux poissons au bout de son roseau tremblant, un berger appuyé sur son bâton, un laboureur sur le manche de sa charrue les ont aperçus et son restés saisis. »
Brueghel reprend dans son tableau ces éléments du texte d’Ovide.

Dans l’analyse de cette œuvre on parle de hiérarchisation tripartite de l’histoire :

  1.  le temps géographique
  2.  le temps social
  3. le temps individuel

C’est une hiérarchisation pensée par Fernand Braudel, historien français. Elle examine le temps de l’histoire sous son aspect socio-économique. (Civilisation matérielle, économie et capitalisme, xve et xviiie siècles 1. Les Structures du quotidien – 2. Les Jeux de l’échange – 3. Le Temps du monde, Paris, Armand Colin, 1979).

Premier niveau : traite des temps immobiles, ce que l’on appelle la vie matérielle. Gestes quotidiens, répétés d’une génération à l’autre et que l’on ne remet pas en question. Dans la chute d’Icare elle est symbolisée par le pêcheur, le berger et le laboureur.

Second niveau : traite des jeux de l’échange, l’aspect économique avec l’économie de marché. Dans la chute d’Icare c’est symbolisé par la bande de terre qui relie la campagne au premier plan et la ville à l’arrière-plan qui sera le lieu d’échanges commerciaux sur base de l’offre et de la demande. On considère la Renaissance comme moment historique de l’émergence du capitalisme.

Troisième niveau : traite du capitalisme proprement dit. On fait des échanges entre les nations et plus exclusivement sur les marchés de villages. Comment fait-on pour faire voyager les marchandises et comment entretient-t-on un commerce extérieur ? Dans la chute d’Icare c’est illustré par les bateaux qui partent vers les colonies, où les pays initiateurs, déjà riches, vont installer des comptoirs et de là étendre leurs colonies et s’enrichir davantage en développant un capitalisme international.

On est donc bien devant une hiérarchie avec à la base la vie matérielle, paysan, berger pêcheur. Ensuite, les marchands et leurs échanges et au sommet quelques capitalistes qui vont contrôler le paysage économique et le modeler à l’aide de la navigation.

Brueghel peint à travers ses tableaux la transformation économique de l’Europe du Nord du 16ème siècle.

Question : Brueghel a-t-il pensé cela tout seul où est-ce une interprétation de Braudel en 1979 ?
Je pense que les artistes sont des individus en connexion étroite avec la réalité de leur société. Je suis assez convaincue que ce n’est pas pour rien qu’Ai Weiwei, peintre, sculpteur, photographe, … et militant chinois à été mis en résidence surveillée entre 2011 et 2015 année où il récupère son passeport et quitte la Chine pour l’Europe. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Certains artistes expriment dans leurs œuvres des éléments de leur société qui sont parfois peu acceptables pour leurs dirigeants.
Brueghel n’a probablement pas analysé les choses comme Braudel, mais il avait sans aucun doute conscience de l’évolution de sa société et le désir de le transcrire dans son œuvre. De plus, dans le coin gauche il y a une bourse et une épée qui renvoient à un dicton qui dit « épée et argent requièrent mains astucieuses » cette manière de faire est encore très médiévale ; mais la mise en place complexe de son sujet est très renaissant.
De tous temps, les sociétés ont été clivées, hiérarchisées, dans la Grèce antique il y avait déjà une division de la société en trois classes ; artisans, guerriers et philosophes. Au Moyen Âge la société est également très structurée et Brueghel ne peut que constater l’essor de la bourgeoisie, nouvelle classe sociale qui est en train de monter en puissance.

Pour rappel le bourgeois est l’habitant du bourg, de la ville, haut lieu du commerce et des échanges et ici du commerce extérieur avec les bateaux qui toutes voiles gonflées s’en vont vers les contrées lointaines. Et donc, on peut penser que Brueghel – érudit pour son époque, pour preuve, il a lu Ovide – savait ce qu’il faisait en composant son tableau de cette manière.

L’aspect technique

Au premier plan, le laboureur qui symbolise la force de travail, de production et sa dureté voire sa pauvreté. Ce travail sera source de revenus, faibles pour les paysans, mais tout un système de dîmes, impôts ou taxes est mis en place, pour les accès aux moulins, aux marchés, …. par ceux qui gouvernent et cela va venir enrichir les villes au détriment des campagnes.

Au 15ème siècle, le paysan a un allié : le cheval ou le bœuf. Au moyen âge, il y a des inventions techniques qui vont démultiplier la puissance de travail ; la charrue, l’attelage, les moulins, les hauts fourneaux, le piège à souris, … ces inventions vont amplifier petit à petit un développement économique qui explose au moment de la Renaissance. https://fr.wikipedia.org/wiki/Technologie_médiévale

Les navires hauturiers sont récents, équipés d’un gouvernail d’étambot, dispositif qui permet d’augmenter le tonnage des bateaux et leur permet d’affronter la haute mer. Les voiles qui existent déjà sur les bateaux côtiers et de rivières sont retravaillées par les portugais qui en équipent des bateaux améliorés. Ils sont armés pour se défendre contre les pirates et autres qui convoitent les riches cargaisons. Le vent fait tourner les moulins, gonfle les voiles, mais pas de chance pour Icare qui ne verra pas l’amplification du capitalisme naissant.

Voilà pour l’aspect spécifique de l’œuvre.

V LE MESSAGE 

Le sujet :

Selon le titre : Le mythe d’Icare et surtout sa chute. Celle-ci est très confidentielle, on constate que les jambes d’Icare n’occupent qu’une toute petite surface de la toile.

En homme de la Renaissance, Brueghel traite l’environnement au sens du monde, de la société et de son évolution.

J’attire votre attention sur le fait que le titre n’est pas le reflet absolu et exclusif de l’œuvre. En effet, on resterait perplexe le jour où l’on décide de faire l’analyse d’une œuvre dont le titre est : « Sans titre ».

Les procédés techniques importants :

  • toutes les perspectives.
  • les couleurs
  • la lumière
  • le plan
  • la facture picturale

Il y en a cinq sur les sept, c’est normal il travaille encore de manière classique. Les artistes du 20ème et 21ème siècles chercheront à travailler sur le minimum des procédés techniques pour obtenir le maximum d’effets.

Les éléments de contexte culturel importants:

  • Les modifications de la société renaissante, l’Humanisme.
  • L’influence des voyages que Breughel a fait en Italie.
  • L’histoire d’Icare.

LE MESSAGE

Brueghel ne se moquerait il pas du personnage d’Icare rêveur face à un monde qui s’organise en activités répétitives d’un côté et le bouleversement de l’essor du capitalisme et de ce qu’il implique de l’autre. Icare ne serait-il pas un « fada » ?

Un paysan, un pêcheur, un berger qui représentent le monde médiéval. Ils tournent le dos à la ville et à la navigation qui mettent en route un développement. Icare/ l’homme en s’envolant, tenterait il d’échapper à sa condition au risque de vivre le même sort ?

C’est très actuel, on n’est pas encore noyé mais on tombe…

L’être humain court à sa perte, l’aveuglement l’empêche de voir les choses essentielles : la nature, le travail, l’humain. Alors que c’est le début de l’Humanisme.

Si on ne garde pas conscience de l’importance de ce qui est à la base de la société comme le travail de la terre, le capitalisme naissant risque de se brûler les ailes.

A moins d’avoir des textes qui émanent de l’artiste où il explique clairement son intention, le message que vous élaborez à la suite d’une analyse esthétique est une hypothèse que vous posez grâce au travail en amont et elle vous permet d’aller un peu plus loin dans la rencontre avec une œuvre.

Souvent les peintres flamands peignent des villes que l’on reconnaît. Mais parfois aussi ils affabulent complètement. Et on peut penser qu’en ayant voyagé en Italie il y a vu des côtes de ce type.

En guise de conclusion : on peut se dire que ce tableau, qui de prime abord, montre un paysage et raconte une histoire qui passe presque inaperçue est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Ce n’est donc pas un « primitif » mais un vrai renaissant flamand.