Je ferai entre autre référence à une exposition qui a eut lieu au Centre Pompidou en 2021 intitulée : ELLES FONT L’ABSTRACTION. Dans cette exposition 110 artistes étaient mises en lumière, certaines connues d’autre pas.
A l’entrée de l’exposition il y avait cette citation :

INTRODUCTION.

Lee Krasner était l’épouse de Jackson Pollock que l’on connaît bien et qui était l’artiste de référence aux États Unis alors que l’œuvre de Lee Krasner à été balayée sous le tapis.

En psychologie sociale il y a un terme pour désigner le fait de passer sous silence ces faits de société : on parle d’invisibilisation. Et ici, d’invisibilisation des femmes dans l’art en général, et,  nous verrons que ce fut les cas aussi dans l’art abstrait. Une première cause : en général l’accès à l’éducation pour les jeunes filles a été limité voire interdit selon les classes sociales et qui plus est, l’éducation artistique. On apprenait bien aux filles de la bonne société à faire de l’aquarelle mais il était hors de question de devenir artiste. La seconde les conditions de vie des femmes : elles étaient dévolues à la maternité et aux soins aux autres avec des restrictions de toutes sortes sur leur libertés de mouvements et pour certaines classes sociales l’interdiction de travailler, ou au contraire, ayant un travail harassant  et des doubles journées qui laissait peu de temps à la créativité. Cette situation à évolué selon les régions du monde et en ce qui concerne l’occident, les années soixante sont des années de « libération » des femmes. Les conséquences de ce non accès à l’éducation sont pour la peinture une représentation majoritairement masculine des peintres. Les théoriciens, historiens de l’art sont également masculins, les canons esthétiques établis dans les années ´30 ont été dictés par des artistes masculins, les organisateurs de salons sont masculins. Les acheteurs, commerçants d’art sont masculins. Le monde de l’art est donc construit, monopolisé par une vision masculine de l’art à l’exclusion des femmes. Les rapports de dominations génèrent des conséquences : quand on est dans le groupe dominant on oriente son point de vue en fonction de ce que l’on vit. C’est un peu la même chose pour tout le monde direz-vous. C’est vrai, mais plus pour certains groupes que pour d’autres : les trois grands systèmes de domination étant le capitalisme, la domination masculine, le racisme. De plus, il apparaît dans ces recherches que lorsque que l’on appartient au groupe dominant on ne se pose pas de question sur les autres groupes et on préserve jalousement ses privilèges .

En 2020, selon OMC, sur 1000 personnes humaines le ratio hommes/femmes est de 504 hommes, 496 femmes. C’est pas du 50/50 mais on est pas loin.
Aujourd’hui, dans le monde de l’art sur 500 créatrices, créateurs cotés, combien de femmes ? … Sur 500 artistes côté.e.s il y a 19 femmes…

Ceci pour démontrer brièvement et à grand traits ce phénomène d’invisibilisation à l’œuvre pour la majorité des femmes, même si quelques exceptions ont réussi à laisser leur trace.  Heureusement, il y a des institutions qui se créent et qui travaillent à mettre en lumière toutes ces femmes artistes et à réécrire l’histoire de l’art sous un angle différent.
D’autre part avec le capitalisme, où, la recherche du profit est l’objectif, les galeristes trouvent de nouveaux moyens et sponsors cherchent les artistes femmes qui seraient susceptibles de faire bonne figure sur les cimaises des galeries et qui auraient suffisamment d’œuvres à vendre pour que l’investissement vaille la peine.

L’ABSTRACTION ET LES FEMMES.

La porte d’entrée d’une peinture non figurative, va être favorisée par le spiritualisme, l’ésotérisme. C’est une pratique qui se développe fin 19eme siècle dans les sphères bourgeoises et intellectuelles et qui est tolérée parce qu’elle s’appuie sur des principes philosophiques que nous ne développerons pas ici, et sur la Théosophie qui est cet amalgame de diverses philosophies construite par Helena Blavatsky et dont nous avons parlé dans les cours sur Mondrian, Kandinsky. La Théosophie prônait cette égalité entre hommes et femmes.

Le plus souvent les femmes qui ont laissé une œuvre font partie des privilégiés, nées dans des familles riches, ou ont dans leur entourage un homme qui est artiste et qui les reconnait, encourage et souvent profite de leur talents. Mais parfois elles mènent leur barque toute seule.

Georgiana HOUGHTON 1814 – 1884

Elle fait des études artistiques et consacre beaucoup de son temps au spiritualisme qui est en vogue en Angleterre. Et elle produit ce genre de chose.

Ceci fait partie de : Album of Spirit 1857 /1884. Elle produit ces œuvres lors de séances de spiritisme. Sans remettre en question l’aspect « croyance » nous pouvons comprendre que pendant ces séances, Georgiana produisait ces dessins qui dira-t-elle, relèvent du symbolisme sacré.

Sacré : qui relève du spirituel, que l’on ne peut pas profaner. Symbolisme :  Système où l’on utilise des symboles pour interpréter des faits ou exprimer des croyances. Chaîne de représentations qui décodent, illustrent un autre élément.

En 1871, elle va présenter 155 dessins dans une galerie à Londres qu’elle loue à ses frais. C’est un échec financier, mais elle n’en prend pas ombrage et écrit que ses œuvres :

« ne pouvaient être critiquées selon des canons connus et acceptés de l’art »

Elle a bien conscience que cela ne correspond pas à l’art académique, ni à ce que l’on présente dans les salons où, les références sont exclusivement masculines tant dans le monde de l’art qu’ailleurs comme nous l’avons vu dans l’introduction.
Elle est très clairvoyante et ne se fait pas d’illusions. Elle ne se positionne pas comme féministe, en tout cas il n’y a pas de trace écrite en ce sens. Elle se définit comme Artiste.

C’est largement avant Kandinsky qui rappelons nous a « daté » son aquarelle abstraite de 1910.

Elle sera redécouverte en 2015, 145 ans après ses productions.

Reconnait-on quelque chose ? Non, on peut donc dire que c’est abstrait. Son intention était de représenter du transcendant, ce qui veut dire que cela suppose un ordre de réalités supérieures. Donc, il y aurait un sujet que l’on ne perçoit pas, ne reconnaît pas.

Pour elle chaque couleur avait une signification et une charge émotionnelle dans les jaunes ci dessus : énergie, persévérance, gratitude, gaité, courage, considération. Elle représente du transcendant en utilisant des couleurs qui ont des significations et des symbolisations.

https://georgianahoughton.com/drawings/

Sa démarche est donc à considérer comme une démarche semi-figurative.

Elle pratiquait avec un dispositif comme celui- ci qui servait dans les séances à être en communication avec les esprits qui « guidaient » la main.

Et avec cette planchette équipée d’un crayon et qu’elle tenait et dirigeait en fonction des impulsions données par les esprits pendant la transe.

Elle est classée dans les artistes spirites, et son exposition de 1871 reçoit un accueil favorable dans ces milieux là. Quelques critiques positives apparaissent dans la presse.

http://AWARE: https://awarewomenartists.com/artiste/georgiana-houghton/

Hilma AF KLINT 1862 – 1944

Née à Stockholm dans une famille aristocrate suédoise. Elle étudie d’abord à l’École technique artistique de Stockholm vers 1880, puis à l’Académie royale des beaux-arts (1882-1887).

Elle passe ses étés dans un domaine familial près du lac Malären. La beauté de la nature va orienter ses premières productions. Elle seront classiques puisque à l’époque il n’était pas vraiment question de faire autre chose.

On ressent l’influence impressionniste. Les compositions sont classiques même si en terme de gestion d’espace elle est dans des contractions de plans, alors que de manière classique on les marque plus clairement. Et sa facture picturale tendant vers le flou est un peu hors des normes de l’académie. Néanmoins en terme de sujet on est bien dans le figuratif.

S’ il n’y avait eu que cela on en parlerait pas dans un cours d’histoire de l’art. Techniquement c’est bien fait mais cela n’a rien de novateur contrairement à ce qui va suivre.

Elle fait aussi des portraits. Dans celui-ci, elle prend un espace assez important pour positionner son sujet et on sent le corps sous les vêtements. Une perspective d’objet minimum pour le siège. Le sujet est un peu décentré. Mais, elle ne met pas son sujet en contexte et se dégage de certaines règles de composition habituelles à l’époque.

1903

Dessin sur papier, dans un carnet. On reconnaît un monde végétal et une construction géométrique basée sur la spirale et des axes placés en diagonale.

1906

Lorsqu’elle a dix huit ans sa sœur décède et elle va tenter le spiritisme pour entrer en contact avec celle-ci. Dans le cadre de ces séances, elle va commencer à dessiner. Elle va aussi s’intéresser à la Théosophie comme Georgiana Houghton. Avec quatre autres dames, Anna Cassel, la plus proche d’Hilma, Sigrid Hedman, Cornelia Cederborg, et Mathilde Nilsson, elles créeront un groupe Spirite « Fem » qui signifie Cinq et s’écrit V. Elles pratiqueront l’écriture et le dessin automatique. On est pas dans le même champ que les Surréalistes qui pratiqueront aussi dessin et écriture automatiques mais c’est une tout autre démarche. Hilma et ses amies, tout en se laissant conduire par des esprits majeurs pendant les séances, lisent le nouveau testament. Religion, spiritisme, Théosophie sont largement imbriqués.

1906 / 1907 Elles vont faire des séries. La première est intitulée : Chaos primordial qui sera exposée au Guggenheim à New-York en 2021.

Elle dit que ce sont des productions faites dans des moments de mysticisme, où elle veut faire apparaître l’invisible. Mais associé à cela, il va y avoir une fascination pour la nouvelle compréhension apportée par les sciences. Et donc une fascination pour l’invisible.
Dans cette série, elles cherchent à globaliser, enfermer le moment divin de la création. Ce concept de « Création » peut s’entendre au sens mystique, religieux ou scientifique. En mettant en évidence les forces créatives, en laissant parler l’instinct du ventre avant celui de la raison.

« J’étais l’instrument de l’extase »

Et inévitablement, les mauvaises langues diront qu’elle est hystérique, axée sur sa sexualité homosexuelle.
Cependant, elles parlent de l’ébullition interne des émotions qui rejoignent la raison.
Elles utilisent les couleurs et la géométrie pour exprimer tout cela.

On voit dans le dessin de droite des signes qui ressemblent à des lettres. Mais à part cela sans connaître la date et l’auteur on pense « abstraction ».

Monet avait déjà proposé ce type de travail en séries et il en fera plusieurs. « La gare Saint-Lazare » en 1877 à la troisième exposition des Impressionnistes. 1891 Les meules de foin. De 1892 à 1893 les trente Cathédrales de Rouen, ….

En 1906 encore, elle va peindre ceci : The ten largest / les dix plus grands.

Le n° 3, (321×240) et le n°10

Cela fais un peu « années ´70 ».
Référence à un monde organique, avec des signes écrits que l’on peut reconnaître. A part Malevitch qui a viré sa cuti instantanément, les autres précurseurs de l’abstraction font des aller retour entre abstrait et figuratif.

Cette série, des dix, évoque pour elle les quatre stades de la vie. On sent qu’elle a déjà complètement travaillé son sujet et qu’elle l’a transformé en formes et en lignes. Et il est impossible de déterminer quel stade est représenté.

1908

Évolution 12

Donc qui dit 12 dit 11 précédents et donc série. On reconnaît des femmes et des serpents, et le chiffre 7 qui est un symbole de protection dans la religion chrétienne et qui fait référence à la perfection de Dieu et aux 7 étapes de la création du monde.
Si elle comble encore le fond du tableau, on sent qu’elle est précurseure dans la construction d’un espace novateur.

1915 : Les cygnes

Elle fait référence au Ying / Yang symbole chinois des forces contraires et complémentaires.

Les Cygnes n°7 (149×149) fondation Hilma af Klint Suède

On retrouve les cygnes mais ils sont quatre. On retrouve aussi la spirale et les diagonales du dessin de 1903. Au centre il y a un coeur et les lignes sont construites avec des couleurs différentes.

Ci dessus Les Cygnes n°9 , n°12, n°17
On pourrait voir du Delaunay dans le dernier.

En 1915 une série qui s’intitule Les peintures pour le temple commencées en 1906 est terminée. Il y a 193 peintures qu’elle montre à Rodolphe Steiner pédagogue, qui a fondé l’anthroposophie, doctrine ésotérique et occultiste qui se revendique proche de la nature, fondée sur la Théosophie de Blavatsky. Il n’y aura pas de temple et les peintures seront rangées, oubliées.

Exposition Hilma af Klint, ouverture du 12 juin au 19 septembre 2021, à la Art Gallery of New South Wales.

Toujours avec une dimension cosmique, mystique, intérieure.

Hilma af Klint Group X, Retable, no 1, 1915 huile et feuille de métal sur toile, (237,5 x 179,5cm) Courtesy of the Hilma af Klint Foundation

Chaque élément du spectre coloré fait référence aux théories de la théosophie et de l’anthroposophie.
Le triangle est un ancien symbole qui nous connecte au monde spirituel. La pointe posée sur le bas du cercle fait référence à l’origine, au soleil. Le message est d’ordre spirituel et représente le monde avec ses forces invisibles.

Il faut s’approcher pour percevoir des éléments qui n’apparaissent que de près.

Hilma af Klint Retable n°3 le centre est doré à la feuille.

On peut observer des factures picturales différentes selon les endroits du tableau. Et au bas du cercle une succession de triangles imbriqués.

Hilma af Klint Group IX/UW, The dove, no 2, 1915 huile sur toile, (155,5 x 115,5) Courtesy of the Hilma af Klint Foundation HaK174 Photo : The Moderna Museet, Stockholm, Suède

Le pigeon, la construction est géométrique voire symétrique, quasi mathématique. Des harmonies de couleurs particulières pour l’époque.

1917

Hilma af Klint, No. 15, 1917. From The Atom Series (Serie Atomen), 1917. Watercolor on paper, 10 5/8 x 9 13/16 inches (27 x 25 cm). The Hilma af Klint Foundation, Stockholm

La série Atome correspond à l’émergence de découvertes scientifiques. Darwin et sa théorie de l’évolution c’était en 1859, cela date un peu par rapport à 1917mais cela à été incorporé dans la pensée intellectuelle. Les choses ne sont pas immuables, elles se transforment selon des règles, des lois. L’aspect de modification et de changement est toujours intéressant pour un.e artiste. La découverte des ondes électromagnétiques en 1886. Les rayons X en 1895. Les particules subatomiques en 1897. Les particules radios actives en 1898. Toutes ces découvertes chamboulent les représentations admises jusqu’alors. Et activent chez Hilma af Klint un intérêt pour le monde invisible. A cela, on ajoute les mathématiques, la physique. Et bientôt, la quatrième dimension qui sera mise en évidence.

Hilma af Klint: Paintings for the Future, Série Atome, Solomon R. Guggenheim Museum, New York, October 12, 2018–April 23, 2019. Photo: David Heald

« A ce moment j’ai la conscience dans la vie réelle que je suis un atome dans l’univers qui a accès à d’infinies possibilités de développement. Ces possibilités, je veux graduellement les révéler. »

Cette œuvre ci fait quand même penser à Malevitch

Malevitch étude pour carré noir sur fond blanc.

Étude de Malevitch à propos de son carré noir sur fond blanc qu’il ne va montrer qu’en 1915. Hilma af Klint n’avait aucune connaissance de l’œuvre de Malevitch.

Image de départ 1920

Étude de Bouddha

En 1920, elle fait ce genre d’œuvre, qu’elle titre étude de Bouddha, c’est sa représentation de Bouddha. Il n’est pas sur qu’un bouddhiste s’y retrouve. Et sans titre on n’hésiterait pas à parler d’abstraction.

D’ailleurs à ce stade du cours on pourrait dire que Hilma af Klint est la précurseure de l’art abstrait, elle en est la mère, la grande prêtresse, avant Kandinsky, Mondrian, Malevitch, Schwitters, Kupka qui sont des grosses pointures mais …

Hilma af Klint (Swedish, 1862-1944)
Serie SUW/UW, Grupp IX/SUW, The Swan, No. 23
1915

Un cube, contenant trois étages, strates. Mais si on se focalise sur les losanges le volume du cube disparaît. Des diagonales dans le fond passent derrière le cube. Une ellipse de couleur dans le losange du haut et du bas. Les optical artistes, Vasarely et compagnie ne vont faire que cela. On ne peut pas dire qu’elle influence ces groupes (puisqu’elle n’est pas connue) mais ce qui est certain c’est qu’elle a dans son œuvre les ferments de ces courants.

Elle est habitée d’une grande lucidité et dira que le monde n’est pas prêt pour regarder son travail.
Elle le lègue à son neveu en lui demandant de ne le montrer que 20 ans après sa mort. Il créera une fondation Hilma af Klint conscient de la richesse et de la valeur de l’œuvre de sa tante. Cette fondation gère et classifie l’œuvre.

Le catalogue raisonné fait 7 volumes.

Mais c’est dans le cadre d’une exposition à Los Angeles en 1986 titrée « du spirituel dans l’art » que l’on présente pour la première fois ses tableaux, dessins, gouaches, carnets,…

Elle a légué plus de 1000 tableaux, 1300 journaux et carnets de notes, chaque tableau est commenté et expliqué et démontre bien que si elle s’appuie sur le spirituel elle ne s’en contente pas. Il y a de la recherche et de l’élaboration qui se nourrit de toutes sortes d’influences.

Certains dessins peuvent faire penser à du Joseph Albers comme les deux carrés avec des carrés différents au centre.

1916 watercolor from “Group III, The Parsifal Series,” one of 144 drawings
Installation views of “Hilma af Klint: Paintings for the Future”
Guggenheim Museum

Et parfois elle s’adonne encore au dessins et à l’aquarelle botanique mais elle y adjoint des réflexions plus en lien avec sa réflexion générale.
Entre 1898 et 1944 elle a couvert 26.000 pages de notes, dessins, croquis,…

En 2018 une exposition au Guggenheim accueillera 600.000 visiteurs, c’est plus que pour la rétrospectives de Kandinsky, le catalogue à été réimprimé 5 fois.


Elle ne connaît pas l’œuvre de Kupka mais cette spirale en décrochement nous y fait penser.
https://awarewomenartists.com/magazine/hilma-af-klint-mere-de-labstraction/

Depuis le début de ce cours sur l’abstraction, je définis l’abstraction comme « des œuvres qui n’ont pas de sujets », qu’en dites-vous ?
« Faire la différence entre sujet et objet ». C’est pour cela que c’est compliqué parce que le sujet c’est l’objet. De manière générale quand on parle de sujet, on parle d’un sujet représentatif et reconnaissable, par exemple : un sujet religieux, un sujet historique, un portrait, … . Et un objet cela pourrait être : la table, la fleur, … Où cela devient compliqué c’est quand l’objet en question est un élément géométrique qui, si on ne se réfère pas à sa symbolique par exemple le soleil, est un cercle, qui représente quelque chose, mais en quoi est-ce un sujet ?
La création du monde pourrait être un sujet que l’on représente uniquement avec des éléments géométriques et de couleur sans que pour autant on aie un indice que ce soit : naturaliste, figuratif, reconnaissable.
L’amour, le sujet et encore cela pourrait être l’objet parce que pris dans le sens abstrait, c’est de l’ordre du concept,
« Le conscient et l’inconscient », en effet, pour revenir à nos précurseur.e.s iels se réfèrent à des choses qui sont en dedans d’elles-mêmes, d’eux-mêmes parce que c’est difficile de lâcher prise. Sauf Malevitch, mais lui vivait dans un contexte particulier. Mais iels les représentent de manière non figuratives.
Les jeunes d’aujourd’hui qui se lancent dans l’abstraction ont peut-être plus facile et encore ce n’est pas certain. Parce que l’on va rechercher une émotion, un concept, …

Et donc, si on va quand même rechercher une émotion, un concept, quand est-il du sujet ?
Je pense qu’il y a toujours un sujet mais il n’est pas figuratif, pas reconnaissable, et donc il faudrait finir la phrase et dire : La peinture abstraite est une peinture où il n’y a pas de sujet reconnaissable. Et cette reconnaissance devrait se faire par tout le monde et pas par un petit cercle d’initiés.
Quand face à une œuvre je ne reconnais rien, je ne peux relier ce que je regarde à aucune référence identifiable, que le sujet est tellement transformé, intellectualisé, digéré, trituré que rien ne me vient à l’esprit : l’abstraction apparaît.
On ne crée pas de rien ! En effet, « quelque chose » va habiter vos doigts par exemple l’art brut est bien représentatif de cette part spontanée, habitée.

Des courants artistiques vont aller vers le minimalisme, la simplicité et produire le plus avec le moins. Et d’autres au contraire vont se diriger vers l’accumulation et une expression plus baroque.

« L’idée de créer à partir de rien ne reviendrait il pas à évacuer l’intention ? »
Créer à partir de rien est compliqué, et je pense que ce qui vous pose problème en atelier c’est quand votre intention n’est pas claire. Devant votre matériel, médium d’expression vous avez un sujet, par exemple : l’origine du monde. Comment en parler, l’exprimer, avec quelle intention ?
A la différence de l’artisan qui produit des objets plus ou moins semblables ou de manière artisanale, non manufacturée. Il veillera à l’esthétique, à la qualité, et sans dénigrer l’artisanat, l’intention n’ira pas plus loin.
L’artiste, lui devra faire des choix en rapport avec le message qu’il voudrait faire passer. Par exemple il veux transmettre l’émotion ressentie dans son jardin … il faudra faire des choix et sans doute renoncer à des voies pour en choisir d’autres, une autre. Et on peut aller regarder tout ce que l’art à produit sur le sujet et quand même encore trouver une nouvelle voie d’expression.

Janet SOBEL 1894 – 1968

Elle commence à peindre au milieu de sa vie. Et s’invente une technique, le driping et fera du all over avant Pollock qui voit son travail dans la galerie de Peggy Guggenheim à New-York en 1944. Il s’en inspirera et Janet Sobel passera au second plan.

L’historienne de l’art Béatrice Joyeux-Prunel suggère qu’

« une juive immigrée, mère de quatre enfants, ne correspondait pas à l’image d’une révolution picturale : seul un homme pouvait incarner le mythe de l’avant-garde américaine »

Janet Sobel, Milky Way 1945 (114×75,9) Email sur toile. MOMA New-York

LOUISE NEVELSON 1899 – 1988

Sculptrice, en général on parle de Barbara Hepworth, et peu de Nevelson.

Louise Nevelson Tropical garden II 1957 (229 x 291 x 31 cm) Bois découpé et peint. Centre Pompidou.https://awarewomenartists.com/artiste/louise-nevelson/

Louise Nevelson Tropical garden II 1957 (229 x 291 x 31 cm) Bois découpé et peint. Centre Pompidou.

https://awarewomenartists.com/artiste/louise-nevelson/

Sonia DELAUNAY 1885 – 1979

Sonia Delaunay, Prismes électriques, 1914 (250×250) Huile sur toile, Centre Pompidou

On peut constater que ce tableau qui est le style définitif de Sonia Delaunay est antérieur au tableau où Mondrian fixe son style définitif.
C’est Robert Delaunay qui a mis en avant le travail textile de Sonia au détriment de sa peinture.

https://awarewomenartists.com/podcasts/sonia-delaunay/

pour aller plus loin :

Découvrir Anny Albers et l’importance du tissage. Et comprendre le pourquoi de l’oubli qui s’impose aux femmes artistes.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/anni-albers-tisse-prouve-que-tu-existes-9794776