CANYON 1959 – 207,6 x 177,8 x 61 cm – Huile, crayon, papier, métal, photographie, tissu, bois, toile, boutons, miroir, aigle empaillé, carton, oreiller, tube de peinture et autres matériaux.
I – IMPRESSIONS GÉNÉRALES
- Atterrée,
- Envol, c’est de la description. Quand je pense envol je me sens : légère.
- Ahurie, stupéfait
- Mal à l’aise c’est un peu généraliste ce serait bien de creuser un peu : dérouté, menacé, Intrigué, perplexe,
- Amusée, curieuse
- Dégoûtée
- Libérée
II – PROCÉDÉS TECHNIQUES
Face à ce type d’œuvre on se pose la question : 2D ou 3D ?
La caractéristique des COMBINES de Rauschenberg est de combiner des surfaces et des volumes : partir d’une 2D et d’y ajouter des éléments, volumes qui sont en décrochement par rapport à celle-ci et qui ont une emprise sur l’espace.
Et il faut donc, combiner les procédés techniques d’analyse de la 2D et ceux de la 3D qui entrent en ligne de compte.
1 LE VOLUME / 3D
Dans l’œuvre qu’est-ce qui prend le plus de place ?
Le tableau, même s’il y a des éléments en décrochement, ici, l’oiseau, la caisse et l’oreiller.
Il faudrait donc un parallélépipède qui mesurerait 207 de haut, 178 de large et 61 d’épaisseur.
Il y donc beaucoup de vide.
1 LE PLAN / 2D
Combien de plan ?
On peut déjà constater la richesse de cette œuvre dans ce qu’elle provoque de débats dès le début de cette analyse.
Si on considère le plan, il faut se focaliser sur la 2D puisque c’est un procédé technique de la 2D. Et il faut se référer à ce qui se passe sur le plan vertical.
Combien de plan ?
Un seul.
Et si on considère les photos ? N’y aurait-il pas possibilité d’y voir de la profondeur ?
Peut-être un peu dans celle de la voiture, mais cela fait à tout casser 10 centimètres carré de la toile. Est-ce que la profondeur que l’on peut percevoir dans la photo donne de la profondeur à l’entièreté de l’œuvre ? Prenez position et si c’est oui vous l’indiquez.
Dans les taches et coulures noires juste au-dessus de l’oiseau, quelqu’un.e y a vu un piano à queue. A part les photos, il n’y a rien d’autre de figuratif. Y voir un piano à queue est un réflexe d’apaisement face à cette œuvre qui est à première vue énigmatique.
En réalité on est devant un espace plan vertical. Il n’y a pas de plan au sens de la 2D, un espace qui évoque de la profondeur. Sauf pour certain.e.s par l’intermédiaire de la photo avec la voiture.
Par contre il y un espace moins 1, puisqu’il y a des éléments en décrochement, l’aigle et l’oreiller qui font partie de l’espace de l’œuvre et qui ont en même temps une emprise sur l’espace dans lequel se trouve le spectateur.
Ils font partie de l’œuvre et de l’espace extérieur à l’oeuvre et il faut en parler. Et pour notre facilité on parlera d’un espace -1 puisqu’on est pas dans le tableau.
Mais parfois on a des espaces -1 dans le tableau. Ici ce n’est pas le cas.
Dans votre présentation si vous êtes dans cette configuration, il faut commencer par le -1 puisque l’on parle des plans en : déroulant l’espace de soi vers le fond du tableau.
Le plan -1 est un espace. Si on revient à la définition du plan : c’est une portion d’espace qui se déroule devant moi et qui me donne une notion de profondeur. Parce que l’on sait bien qu’une toile, une photo, c’est quelque chose de plat, vertical mais qui nous donne, éventuellement, une illusion de profondeur qui nous permet de définir un, deux, trois, … plans. Chaque plan étant une zone d’espace différenciée est séparé du plan précédent et du plan suivant par une vitre que l’on imagine posée entre les deux sans couper quoique ce soit, et on peut passer à l’espace suivant et ainsi de suite.
Si on parle d’un plan moins un, c’est qu’on est hors de cette toile verticale. Ici, on est dans l’espace du musée et nous, en tant que spectateur, nous y sommes aussi.
2 LIGNES DE DIRECTION
3 FORMES GÉOMÉTRIQUES
4 LA COULEUR
L’ASPECT ÉMOTIONNEL :
Pour cerner l’émotion liées à une couleur, un exercice mental est nécessaire. Il faut « sortir » la couleur du tableau et « la placer » sur une feuille blanche ensuite « l’imaginer » dans notre espace de vie. ! Nous sommes dans le champ émotionnel donc les ressentis divergent !
5 LA LUMIÈRE
En 2D : elle vient de la couleur, comme c’est abstrait il est difficile de dire Possible / Impossible /Sa source, mais s’il n’y avait pas de lumière on ne verrait rien.
LES ASPECTS TECHNIQUES
Elle est plutôt blanche, et peut-être grise puisque la majorité de la couleur est grise.
Est-elle contrastée ? Ce qui voudrait dire qu’il y a des qualités différentes de lumière selon les zones du tableau. Si on a envie de dire qu’elle est plus forte sur les parties claires et moins fortes sur les parties foncées c’est à cause de la couleur. Et d’ailleurs on dit claire et foncée qui renvoie à plus et moins de quantité de lumière. C’est la difficulté de séparer couleurs et lumière.
En réalité, ici, on est dans une uniformité, la lumière n’est pas un procédé que Rauschenberg utilise dans la 2D parce que justement cela génère des compréhensions d’espaces ce qui n’est pas son propos.
L’ASPECT ÉMOTIONNEL (même exercice mental que pour la couleur)
cafardeuse, calme, ennuyeux, indifférent,…
En 3D : les lois physiques de la lumière nous proposent trois états :
- Absorbée, elle entre dans l’objet et nous fait prendre conscience de sa complexité.
- Réfléchie, elle percute et est renvoyée par la matière qui est dans ce cas le plus souvent du métal poli, du miroir, … et l’on a moins conscience de l’objet ou de la surface.
- Jeux d’ombres et de lumière qui se manifeste sur l’objet où / et sur son environnement.
6 LA PERSPECTIVE
Sur la 2D : si on estime que c’est un espace-plan vertical au sens de l’abstraction, il n’y en a pas.
Pour celleux qui ont proposé la photo.
La perspective aérienne est la perspective construite sur les zones de lumière différenciées. Dans l’espace d’un tableau ( pas ici) on peut conscientiser des portions d’espaces qui sont éclairés différemment. Imaginons qu’il y ait 3 plans et dans chacun des ces plans la lumière est différente allant du plus clair au plus foncé. Ces trois zones claire, moyenne, foncée nous font avancer dans l’espace. Dans un clair obscur il y aura de la perspective aérienne.
7 LA FACTURE PICTURALE
Pour la 2D : c’est rugueux, inégal, irrégulier, et en même temps dans la zone blanche plus uniforme. C’est varié, différent.
LES ASPECTS TECHNIQUES
La texture de la peinture cela va de l’aquarelle, au yaourt et même à la pâte à tartiner.
Le résultat : de la transparence, de l’épaisseur, de l’empâtement, du relief,…
Geste de l’artiste
Il est parfois réfléchi structuré avec des juxtapositions pour générer des effets. Et parfois ce sont des gestes spontanés avec des coulures de peintures non maîtrisées. Est-ce pour Rauschenberg une manière de se moquer de Pollock et consorts?
Humeur : une certaine vigueur, en même du calme et de la réflexion.
Question ?
Pourquoi n’analyse-t-on pas le bouton au même titre que l’oiseau ?
Parce qu’il est au même titre que le morceau de métal boîte de conserve aplatie, en haut à droite. C’est un élément ajouté à la surface 2D pour ancrer la réalité (dixit Picasso et la nature morte à la chaise cannée)
Il est inscrit sur la surface, par ailleurs il fait partie de la manchette. Et on en retrouve le long de ce la conserve en haut à droite ce qui est apparemment le bord boutonné de la chemise. On peut donc convenir qu’il fait partie de la 2D en tant que «facture picturale» particulière et pas en 3D comme l’oiseau.
L’hypothèse serait que le bouton est un élément qui ferait partie d’une progression qui permet d’avancer dans de l’espace extérieur au tableau et de rentrer jusqu’à une perspective.
Ce qui est intéressant, Rauschenberg mélange tellement les cartes, revisite tellement les procédés. Comme il écrit très peu sur son travail il nous invite à poser des hypothèses et à faire des choix.
Pour la 3D : on va parler de l’état de surface des différents éléments : l’aigle, la caisse, le bois, l’oreiller. Les surfaces sont : le bois rugueux : brut. Les plumes : douceur, irritation à cause de la peinture, l’oreiller relativement doux et grattant à cause de la peinture.
Émotions : agacée, rejetée, …
III – LES EFFETS RECHERCHÉS
Dans la partie explicative de l’effet recherché vous pouvez vous impliquer. C’est à dire utiliser une métaphore, une image pour rendre votre compréhension de l’effet plus claire, plus puissante, …
LE PLAN :
- Dérouté par les différents plans exposés -1 et 1 qui m’invitent à chercher plus de cohérence.
LA LIGNE
- Malaise par les lignes de direction multiples : courbes, verticales, obliques, horizontales qui me rappellent le cours de math que j’aimerais tant oublier.
- Perplexe par la stabilité des lignes horizontales et les courbes des ailes de l’oiseau qui créent un paradoxe dans l’œuvre.
LA FORME GÉOMÉTRIQUE
- Stabilité par la structure rectangulaire divisée par les deux segments verticaux et donnant lieux à trois formes rectangulaires qui amènent une sensation d’ordre.
- Je me sens intriguées par les deux rectangles du haut du tableau qui me donne l’impression de se décrocher d’où le malaise que j’éprouve.
LE VOLUME (1er procédé technique de la 3D)
- Étonné par le volume difficile à définir, essentiellement occupé par du vide, qui me fait penser à un roman d’Agatha Christine ou l’absence de l’assassin occupe l’essentiel de l’histoire.
LES COULEURS
- Attristée par la gamme grise et neutre. Je voudrais que l’aigle puisse s’envoler vers des cieux plus propices.
Ici l’intérêt est la construction d’une histoire, une métaphore sur l’effet recherché.
LA PERSPECTIVE
- Je me sens déroutée par l’absence de perspective dans le tableau mais qui, crée par le plan -1 de l’aigle donne une perspective à laquelle je ne m’attendais pas.
La construction de phrase est bonne mais ce qui est dedans ne vas pas.
Le plan moins 1 est cette partie qui sort du plan vertical et donc on est plus dans le tableau. La perspective doit être dans le tableau. Il y a aussi mélange de deux procédés techniques. La perspective dans la 2D et le plan moins 1. Il faut séparer les procédés techniques.
- Rassérénée de constater qu’il n’y a pas de perspective dans cet espace-plan vertical triste, mélancolique. Elle ne pourra me retenir prisonnière de cette œuvre énigmatique.
LA LUMIERE
- Rassuré par les quelques touches de lumière qui dans ce tableau triste apporte une ouverture.
La difficulté du traitement de la lumière en 2D c’est que la lumière vient très souvent de la couleur. La difficulté sera de faire la différence entre les deux. De pouvoir parler de l’ambiance colorée, de ce que cela provoque comme effet. De pouvoir dire en quoi la lumière contribue à cette ambiance là. Et in fine, de pouvoir dégager les deux. Si à un moment cela produit les mêmes effets alors on peut associer mais ici c’est le contraire.
Chez Soulages, dans les « Outre Noir », un éclairage extérieur est indispensable pour révéler toute la complexité de la matière.
Question ?
Peut-on dès lors parler d’un environnement?
En effet, probablement qu’il y a un effet de l’environnement fondamental puisque sans la lumière extérieure on ne verrait pas la complexité de la matière. C’est la lumière qui matérialise le tableau.
Question ?
Peut-on utiliser les termes glauque (vert) et gris pour parler de la lumière ?
Les différents points à traiter dans le procédé lumière sont :
1) Cet état de lumière est : possible , impossible c’est inventé par l’artiste.
2) Aspects techniques de la lumière : a) la couleur de la lumière: Une lumière grise. b) L’intensité de la lumière : la même partout donc homogène. Ou, contrastée et là il faut expliquer.
3) Aspects émotionnels de la lumière: la lumière est glauque au-delà de la couleur identifiée verte, glauque c’est une émotion pas sympa.
- Apeuré par la lumière absorbée sur l’aigle menaçant qui me fait penser à un épisode de Games of Trône.
- Indifférente à cette lumière uniformément neutre et grise, tant sur le plan vertical que sur les volumes révélés, qui me laisse le loisir de lire dans ce Combine comme dans un vieux livre poussiéreux.
Dans le dernier exemple, les procédés techniques lumière pour la 2D et pour la 3D sont rassemblés dans une seul phrase, cela fonctionne parce que c’est le même procédé technique. Cela fonctionne aussi parce que Rauschenberg associe les deux et il y a le même effet de lumière dans l’un et dans l’autre.
L’intérêt dans les dernières propositions ce sont les mises en contexte qui vous appartiennent et l’ajout de métaphore, d’allusion à des souvenirs personnels, des références culturelles personnelles, … c’est que vous créez une relation personnelle avec l’œuvre et cela rend l’effet recherché plus puissant.
LA FACTURE PICTURALE
- Intriguée par les différentes factures picturales et effets des matériaux, collage de photo et d’éléments concrets qui suggèrent des espaces symboliques me donnant à réfléchir.
- Déroutée par la complexité de la facture picturale, des gestes différents et des résultats multiples qui nous invitent à faire un choix impossible.
L’INTÉGRATION DANS L’ESPACE (6eme procédé technique de la 3D)
- Réjouie devant ce Combine qui, bien à sa place accroché au mur, me fait penser à un écran de télévision XXL que je n’ai pas besoin d’allumer pour regarder se dérouler le roman de l’Amérique.
L’intégration dans l’espace : il peut y avoir des sculptures qui travaillent sur cette notion intégration dans l’espace. La majorité des sculptures sont mises sur un socle, et qu’elles soient mises dans l’angle d’une pièce, au milieu de celle-ci, dehors dans l’espace naturel cela ne change rien. Cela veut dire que l’artiste n’a pas utilise ce procédé. Il se fait que plus on avance dans l’histoire de l’art plus on constate que l’artiste va réfléchir à l’interaction entre sa sculpture et l’espace qu’il y a autour d’elle. Et si il intègre ce procédé, la sculpture changera si elle est mise dehors ou à l’intérieur, si elle est mise dans une niche ou au centre de la pièce.
Ici qu’est-ce que Rauschenberg ne peut pas changer, le mur, il est nécessaire. L’intégration dans l’espace de ce Combine est contraint à être accroché à un mur. Mais c’est un choix de ne pas travailler l’arrière.
(HA) Il y a des peintres qui ont peint des retables avec une face avant et une face arrière, mais ce ne sont pas des sculptures.
IV LE CONTEXTE CULTUREL
Le contexte historique, sociologique, culturel.
On sait que Rauschenberg à une activité socio-politique assez importante. Il commence son Canyon en 1954 juste après la fin de la guerre de Corée. Ou les forces aériennes américaines mises à la disposition des Nations Unies ont, au cours des 37 mois de ce conflit, employé 576 000 tonnes de bombes et 29 535 tonnes de napalm.
Par ailleurs on sait qu’il a une très grande culture en histoire de l’art et la photo de l’enfant qui serait son fils, et la présence de l’aigle évoque un mythe «l’enlèvement de Ganymède » et un tableau :
Par ailleurs si vous faites une recherche Ganymède+art vous constaterez la quantité d’œuvres évoquant cet épisode mythologique qui fait référence à l’enlèvement d’un jeune pâtre par Zeus / Jupiter qui en fait son « échanson » et son amant.
Au USA comme à peu près partout dans le monde l’homosexualité est réprouvée voire réprimée. Le premier état a dépénalisé l’homosexualité est l’Illinois en 1962 et les derniers ne le feront qu’en 2003.
L’artiste
1948, à Paris, Rauschenberg, rencontre Susan Weil artiste peintre, un fils (qui serait l’enfant de la photo) naît de cette union, mais ils se séparent.
En 1954, il s’installe à New-York et rencontre Jasper Jones qui a un atelier dans le même immeuble, ils entament une relation homosexuelle qui aura une influence sur leurs œuvres respectives.
En terme de courant, Rauschenberg est relié au courant Pop Art, parce qu’il utilise des objets de la vie courante et fait référence à la vie quotidienne. Mais, c’est un raccourci facile car il n’a pas vraiment une démarche de Pop artiste comme Warhol.
On l’associe également au courant Néo Dada, et du coup on pense Duchamp, mais ici ce serait plutôt Schwitters qui serait plus l’inspirateur.
Rauschenberg va s’opposer au mouvement de l’expressionnisme abstrait dont le représentant majeur est Jackson Pollock. L’expressionnisme abstrait est l’art « classique » du moment, c’est l’art qu’il faut faire, « il faut dégouliner » dixit le fameux dripping. Ici, dans Canyon, Rauschenberg fait aussi ce genre de coulures mais c’est plus pour être dans une forme d’opposition que dans l’adhésion.
Expressionnisme, sûrement pas, cela n’intéresse pas Rauschenberg d’étaler ses émotions, ce n’est pas sont propos. Abstrait, même si sur le tableau qui est là, le résultat est quelque chose de non reconnaissable, ce n’est pas de l’abstraction puisque son intention est de montrer que l’art c’est la vie. Il est donc en rejet total de ce mouvement expressionniste abstrait.
Les œuvres de Rauschenberg sont des œuvres rébus, il fait des associations d’éléments et laissé au spectateur le soin de déchiffrer ces rébus. Lui-même ayant très peu écrit et commenté son travail.
Mais son objectif est de faire en sorte que les spectateurs échangent leurs impressions et leurs interprétations. Son intention étant de créer du sens et de la discussion au travers du mystère de ses Combines.
L’œuvre
Dans cette œuvre il utilise : de la photographie, une conserve aplatie, un oiseau empaillé, un oreiller, une boîte et on ne sait pas ce qu’il y a dedans, … mais ce sont des objets reconnaissables et identifiables.
Le titre « CANYON », sachant qu’il est américain cela active des images mentales, le grand canyon, les grands espaces, … On n’en sait rien, mais Rauschenberg cherche à stimuler des références que tout un chacun.e a dans la tête. Il recherche et propose une polysémie ( plusieurs sens).
Cette œuvre est un COMBINE : œuvre composée d’objets hétéroclites qui vont être associés et aboutir à une réalisation qui est entre la 2D et la 3D, et où il ne privilégie pas un élément sur un autre, ce qui n’est pas tout-à-fait le cas ici. Ces combines sont en général des œuvres non hiérarchisées en opposition à l’art classique ou les procédés techniques sont hiérarchisés.
Canyon est le combine le plus célèbre de Rauschenberg, il a été choisi et exposé à la Biennale de Venise en 1964, il crée en cela un précédent car la Biennale qui était très européano-centrée va s’ouvrir à l’art américain.
Au USA, il est reconnu, mais, pris pour un déjanté, le tout venant ne comprend pas nécessairement son travail. Par contre le monde artistique est emballé, car il réintroduit du récit et ouvre le champ de la créativité qui stagnait sous l’emprise de l’expressionnisme abstrait et du Pop Art.
On sait que l’oiseau empaillé, Rauschenberg collectionne les animaux empaillés, est un aigle chauve ou pygargue à tête blanche, qui est spécifique au nord de l’Amérique et emblème des Etats-Unis. Dès 1940 il est protégé pour cause de propensions à la disparition. Il est interdit : de le capturer, de l’acheter ou de le vendre, de le transporter ou de l’exporter même sous forme d’œuvre d’art. Cette protection s’étend aux œufs.
Quand l’œuvre est exposée, cela fait scandale, de plus il l’a sans doute recouvert de peinture en gris pour l’harmoniser au panneau vertical et puis pour rappeler son origine il lui a mis une touche de peinture blanche sur la tête.
Double scandale qui a amplifié la réception de cette œuvre. Cet aigle est l’emblème des USA, symbole de liberté, de puissance, et on peut laisser libre cours aux représentations…
V LE MESSAGE
Le sujet :
Canyon, le premier truc si on est perplexe c’est le titre. Cela ne nous aide pas beaucoup, mais c’est un fil à tirer. Ce titre évoque des images mentales et on peut y associer l’aigle.
Les procédés techniques importants :
Diversité, hétérogénéité tant dans les matériaux que dans les techniques, que dans le résultat. C’est sa marque de fabrique. On est dans une ambivalence quant à la classification de l’œuvre : 2D ou 3D
Les procédés techniques importants :
Diversité, hétérogénéité tant dans les matériaux que dans les techniques, que dans le résultat. C’est sa marque de fabrique. On est dans une ambivalence quant à la classification de l’œuvre : 2D ou 3D
- Peinture,
- Collages,
- Ajout d’objets réels,
Les éléments de contexte culturel important :
- Combine,
- L’aigle, emblème des USA.
- La statue de la liberté
- Guerre de Corée
- Homosexualité
- Engagement socio-politique
- Société de consommation
- Opposition à l’expressionnisme abstrait,
- Réintroduction du récit.
LE MESSAGE
Grandeur et décadence de l’Amérique.
Grandeur d’une société de consommation qui sous ses aspects flamboyants est un peu ravagée par l’aspect sombre et gris de cette œuvre.
L’aigle emblème des USA réduit à un fantôme gris qui va s’élancer sur la Corée et lâcher des bombes.
Référence à l’enlèvement de l’enfant de l’aviateur Lindberg (photo du bébé)
Remise en question de l’hégémonie de la Masculinité, photo de l’enfant qui pointe le doigt vers la manche de chemise.
Cela part dans tous les sens et c’est bien l’un des objectifs de Rauschenberg c’est de laisser le spectateur lire ses œuvres avec leurs références. L’art c’est la vie et la vie c’est être en relation et échanger. De se battre pour ses idées.
Après transcription et quelques recherches supplémentaires que j’ai ajoutées dans les différents points : contexte culturel, artiste et œuvre. Un message qui me semble émaner d’une intention de Rauschenberg qui disait : « l’art c’est la vie » il devait sans doute y mettre aussi un peu de la sienne.
Message : face à cette Amérique conservatrice (boîte de conserve en haut à droite) je prends la liberté (statue de la liberté) de vivre ma sexualité (oreiller avec une forme suggestive) et je fais mon comming out (aigle qui sort de la boîte) pour que mon fils puisse vivre un jour ses propres désirs (Ganymede) sans être stigmatisé. Le tout étant gris parce qu’il devait vivre dans l’ombre, caché. Et que tout le monde se voile la face ( le miroir est surpeint). Quant au titre, j’y vois une séparation entre deux sociétés les conservateurs qui envoient les fils à la guerre et les nouvelles générations éprises de paix, de liberté et de changements chacun.e.s se tenant sur une des rives du canyon. Claire
MISE AU POINT
Suite à un quiproquo, nous revenons sur les notions de plans et plan moins un.
RAPPEL : LE PLAN EST UNE PORTION D’ESPACE DIFFÉRENCIÉE DE LA PORTION PRÉCÉDENTE ET DE LA PORTION SUIVANTE.
Quand on donne un chiffre à un plan cela correspond à une portion d’espace différente et qui n’a aucune connexion avec la précédente ou la suivante.
Combien de plans ?
Plan 1 : obligatoirement, de nous jusqu’au colonnes . Arguments : 1) on ne peut pas couper le carrelage. 2) c’est un espace intérieur. 3) c’est une même portion d’espace.
Plan 2 : jusqu’à l’arrière du parapet, car dans les créneaux VanEyck à placé un paon. Arguments : 1) c’est une terrasse qui appartient au bâtiment et le paysage est en contrebas. 2) c’est un espace différent de l’espace intérieur et du paysage.
Plan 3 : selon les sensibilités
- 1 plan pour tout le reste
- Plans 3 /4 / 5 : 1plan jusqu’au bout du fleuve + 1plan pour les montagnes + 1plan pour le ciel*.
*le ciel : pour certain.e.s le ciel est un plan en soi qui augmente la profondeur du tableau.
(Ceci dit, le ciel il est partout au dessus du paysage, et par ailleurs tout ceci est plat, c’est une illusion).
- Y a-t-il un plan moins 1, c’est à dire à l’extérieur du tableau ?
Non.
Mais le spectateur est là ? Oui mais dans le même plan, dans le même espace, la même pièce, rien ne nous indique que le reste de l’espace est autre.
Des artistes nous font percevoir un plan qui n’est pas vraiment représenté mais que l’on ressent. Entre autre avec des reflets. Comme ci dessous il y a un plan 1 l’intérieur du Milkbar et un plan – 1 la ville qui se reflète dans la vitre.
Allons voir du côté des Époux Arnolfini.

Jan Van Eyck Les époux Arnolfini, 1434, (82,2×60) huile sur panneau de chêne
National Gallery Londres
Combien de plan ? Un seul jusqu’au bout.
Et si on s’approche et que l’on va voir dans le miroir …
On voit dans le miroir : les époux de dos avec face à eux un personnage en bleu et un personnage en rouge. Ces personnages on ne les voit pas dans l’espace représenté par le peintre.
Les personnages c’est « nous » spectateurs. Ces personnages sont-ils dans un autre espace que celui représenté ?
Le personnage en bleu est dans la même pièce, mais le personnage en rouge, plus petit, est derrière la structure qui sépare les deux pièces. On pourrait donc parler d’un espace -1 et puis tout au fond il y a ce petit carré blanc qui signale l’extérieur, on a donc un espace supplémentaire un espace -2.
Il faudra aussi définir l’espace extérieur latéral que l’on voit dans l’espace représenté et dans le miroir. Celui-ci est bien un espace extérieur mais il est dans le même plan que l’espace intérieur.
(HA) On est à la Renaissance et les artistes sont contraints, par les nouvelles découvertes et l’humanisme naissant, de représenter l’être humain dans un contexte révélateur de la nature, l’univers, ….
Pour aller plus loin une émission de France Culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-art-est-la-matiere/les-epoux-arnolfini-1434-4014300