Edouard MANET 1832 – 1883

Edouard Manet, Clair de lune au port de Boulogne – 1869 – 81×101 – Huile sur toile – Musée d’Orsay Paris.

Manet est un artiste important dans l’histoire de l’art au même titre que Van Gogh ou que Cézanne par exemple. Dans la littérature sur l’art on le désigne comme le père de l’impressionnisme. Personnellement je trouve que c’est un peu galvaudé, en regardant cette œuvre la, on peut dire qu’elle n’a rien d’impressionniste. Mouvement dont les protagonistes revendiquaient comme intentions de traduire les impressions modifiées, de chaque instants, par la lumière. Avec une approche de la couleur et une technique picturale faite de juxtaposition des touches visibles et présentes.

Manet est plus âgé que la plupart des impressionnistes et il va se détacher de l’art académique comme ici. C’est une marine, mais le sujet ce n’est pas l’eau. C’est le port, les bateaux, le groupe sur le quai en cela il est novateur. En art classique le sujet du tableau est centré. Ici, rien n’est mis au centre ni les bateaux, ni le groupe ce qui déconcerte et brouille la compréhension globale du sujet. Avec en plus un traitement de la lumière neuf, une facture picturale qui sans être celle des impressionnistes est novatrice puisqu’elle rompt avec la précision d’une touche académique.
Il y a du flou, le groupe est suggéré, on reconnaît des femmes mais c’est imprécis.

Pourquoi Manet a-t-il choisit de peindre ce sujet la nuit?

Pour montrer que la vie continue même la nuit.
Pour mettre en valeur les jeux d’ombres et de lumières. En effet on pourrait diviser le tableau en deux triangles par une diagonale partant du coin supérieur gauche pour rejoindre le coin inférieur droit. Et constater que dans le triangle de gauche il y a assez bien de lumière. Et cela donne un jeux d’ombre et de lumière, contrasté sans être un clair obscur. Mais surtout par ce jeux d’ombres et de lumière, cette gamme chromatique limitée, il y une intensité dramatique qui est installée. On est loin de l’activité du port en journée par grand soleil. Ce climat invite le spectateur à entrer dans le tableau et à s’interroger sur ce qui se passe par l’aspect narratif installé par l’artiste. Et à contrario de la peinture classique ou le grand genre est la peinture d’histoire qui raconte l’histoire avec un grand H et nous impose un sens connu de tous. Manet ici nous raconte la petite histoire des gens et nous laisse imaginer, interpréter ce qu’il nous montre.

Camille PISSARRO 1830 – 1903

Camille PISSARRO est le paysagiste des impressionnistes. C’est une peinture qui se fait depuis longtemps, mais les paysages étaient parfois imaginaires, recomposés, inventés. PISSARRO lui va dans la nature et peint ce qu’il voit ce sont de vrais paysages et il va les peindre à la manière des impressionnistes. Et parfois il fait du paysage urbain.

Camille Pissarro, Matin d’hiver boulevard Montmartre, 1897 – 64,8×81,3 – Huile sur toile – Métropolitan Museum

Camille Pissarro, boulevard Montmartre sous la pluie, 1897 – 53,3×64,8 – huile sur toile – Nationale Gallery Londres

Il va louer une chambre d’hôtel au coin du boulevard des Italiens et de la rue Drouot et y peindra quatorze toiles du boulevard Montmartre à différentes saisons et heures du jour dont une de nuit. Le succès de la série des meules de foin de Monet, peintes entre 1883 et 1888, n’est pas loin et celui-ci ne se doutait pas qu’il venait d’inventer une typologie d’art qui prendra toute son importance dans l’art conceptuel en 1970.

Quelle est l’apport du tableau peint de nuit ?

La présence de la lumière artificielle, l’ampoule à  été inventée en 1879, des vitrines, des lampadaires, les phares des voitures inventés en 1880. Pissarro à donc saisi cette impression nouvelle de la vie nocturne dans ce tableau où la lumière artificielle illumine le boulevard Montmartre.

Giacomo BALLA 1871 – 1958

Giacomo BALLA, lignes en mouvement et succession dynamique, 1913 – 68×49 – Huile sur toile.

Balla fait partie du mouvement futuriste 1909-1930,  qui est un courant italien contemporain du mouvement cubiste 1907-1920 en France. Si de prime abord l’aspect esthétique présente des similitudes les intentions des deux mouvements sont différentes.
Sans titre, on pourrait dire que c’est de l’abstrait. L’abstraction apparaît en 1905 avec l’intention de faire disparaître le sujet. Ici on a un sujet : lignes en mouvement et successions dynamiques qui sont représentées par la décomposition du mouvement d’un vol d’hirondelles placée dans un environnement succinct qui ne nous aide pas.
Dans le cubisme, l’intention est de montrer la réalité au mieux en la fractionnant, en multipliant les points  de vue et en les posant sur un seul plan, mais on y comprend plus rien.
Le futurisme lui rejette la tradition esthétique classique, et en Italie ils savent de quoi ils parlent, qui pèsent sur la créativité. Ils glorifient la nouvelle société qui grâce au moteur, à la machine, à l’électricité et toutes les nouveautés qui apportent vitesse et puissance. Et pour se débarrasser de cette culture classique un peu d’anarchie et au besoin de violence ne les rebutent pas. Tout cela est figé dans un manifeste, qui est un ensemble d’écrits fixants les intentions du groupe réuni autour de règles, pensées, et autres décisions prises par les membres, en 1908. C’est le premier manifeste de l’histoire de l’art.

4. Nous affirmons que la magnificence du monde s’est enrichie d’une nouvelle beauté : la beauté de la vitesse. Un bolide avec son capot orné de gros tubes semblables à des serpents au souffle explosif… un bolide rugissant, qui semble rouler à la mitraille, est plus beau que la Victoire de Samothrace. (extrait du manifeste du futurisme écrit par Marinetti et publié à Paris le 20 février 1909 dans le Figaro) 

La vitesse et la transformation constante sont leur principal sujet. Leur programme politique vise la protection de l’économie du prolétariat et l’expansion coloniale. Si les régimes totalitaires russe et allemand on dénigré et détruit des oeuvres d’art avant gardistes. En Italie Mussolini, qui connaissait Marinetti l’auteur, rédacteur du manifeste futuriste, à utilisé l’environnement intellectuel de ce mouvement d’avant garde pour sa gloire personnelle en s’inspirant de leur éloquence et de la bonne organisation de leur groupe. Mais plus tard, il s’en éloignera pour se rapprocher de l’église. Des artistes de la seconde phase futuriste collaborent avec le régime en 1932 alors que d’autres sont totalement réfractaires. Le fascisme en s’appuyant sur le futurisme montre son désir de provoquer une rupture avec le passé mais aussi sa fascination pour la technique et la vitesse. Et comme en Russie les artistes sont contraints à des compromis s’ils veulent survivre et faire survivre leurs intentions créatrices.

Alfredo GAURO AMBROSI, Mussolini aviateur – 1930

Giacomo BALLA, Lampe à arc, 1909 – 170×115 – Huile sur toile – Muséologies del Novecento Milan

Puisque les futuristes sont admiratifs de la nouveauté, il la prenne pour modèle et ici Balla représente un réverbère avec une lampe à arc, on est bien dans la nuit, le croissant de lune et le contraste des jaunes orangé et du bleu presque saturé des bords en témoignent. L’artiste nous montre la diffusion de la lumière et il nous montre la puissance de cette nouveauté lumineuse qui éclipse presque la lune. L’artiste futuriste fidèle à son manifeste rejette le vieux monde et glorifie la nouveauté et le progrès en faisant le portrait d’une innovation technologique : le réverbère électrique. Ce n’est pas encore Dada mais, si Duchamp l’a vu il a apprécié.

Balla est très au fait des théories sur la couleur de Chevreul. C’est  un chimiste qui, en collaboration avec certains impressionnistes, ont découvert ensemble le fait que deux couleurs juxtaposées invitent l’œil à en voir une troisième. Comme quoi on ne peut ignorer tout à fait ce que les précédents ont fait même si on est futuriste et que l’on veut faire table rase du passé.

LES FAUVES

Henri MATISSE, Fenêtre ouverte à Collioure – 1905

Le courant Fauve va exploiter :  la vivacité des couleurs avec des associations, dès utilisation très nouvelles qui semble ne pas refléter la réalité, quoique …. Si on voit l’ombre verte pourquoi ne pas la peindre verte jusque là c’est cohérent. Mais les Fauves ont une tendance à l’exagération au lieu d’un vert éteint ils choisiront un vert puissant, éclatant ce qui modifie le sentiment de réalité. Il travaillent par aplats juxtaposés. En 1905, ce groupe sera considéré  comme révolutionnaire parce que ce qu’ils propose n’a rien à voir avec les esthétiques précédentes, ni même avec les impressionnistes.

Nuit Fauve au salon d’automne, 1905 Grand Palais Paris

Louis Vaucelles journaliste écrit à propos de cette sculpture:

 « Au centre de la salle un torse d’enfant et un petit buste en marbre d’Albert Marco qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces buste surprend au milieu de l’orgie des tons purs, Donatello chez les fauves »

Le groupe d’ artistes dont les œuvres étaient accrochées et qui n’avais pas encore de nom de groupe ont trouvé cela très bien et se sont appropriés le terme avec lequel le journaliste pensait les stigmatiser et on décidé de s’appeler les Fauves et de faire du fauvisme.

En France en 1905 les Fauves et en Allemagne à cette date se met en place un grand courant qui se nomme : l’Expressionnisme. C’est un courant vaste qui existe encore aujourd’hui puisque c’est un courant ou on va exprimer des émotions. En 1905 donc une des première station de ce mouvement est « Die brücke ». Le point commun de ces deux mouvement est la déformation de la réalité. Les allemands vont déformer l’espace et les couleurs, chez les fauves il y a aussi déformation de l’espace mais c’est la couleur qui va être marquante.

Albert Marquet, Vue du pont neut – 1935 – 88,9×116,2 – Huile sur toile Metropolitan Museum

Albert Marquet, Le Pont Neuf sous la neige 1947 – 65,2×81,5 – Huile sur toile Centre Pompidou.

Albert Marquet, Le Pont Neuf la nuit – 1937 – 82,5×100,5 – Huile sur toile Centre Pompidou

Albert Marquet essentiellement peintre de paysage est solidaire du mouvement Fauve. Il peint souvent ses paysages en prenant un point de vue en surplomb. Il a une production abondante et peint sur le motif. Ses sujets répétitifs font penser aux séries des impressionnistes. Ses couleurs sont tantôt neutres ou parfois éclatantes et posées en aplats.

On considère que ce Pont Neuf la nuit est fauve. Si on regarde tous les jaunes ils sont différents mais les nuances sont très proches l’une de l’autre ce qui fait que quand on regarde le tableau on voit plutôt les contrastes que les harmonies. La déformation de l’espace intervient par la lumière artificielle qui va mettre en évidence des zones et pas d’autres. Et par ailleurs les volumes des éléments sont vaguement suggérés sans précision géométrique. La nuit est un prétexte pour mettre en scène un jeux, de lumières, puissant magnifié par des couleurs contrastées.

Paul DELVAUX 1897 – 1994

Paul Delvaux fait partie du mouvement surréaliste belge. Ses thème récurrents sont des femmes nues, quelques éphèbes et des hommes en costumes  souvent dans des attitudes figées, hiératiques au sein de paysages mêlant vrais paysage et éléments urbains soit la ville de nos jours ou des éléments en pics

Paul Delvaux, L’entrée dans la ville 1940 – 170×190 – Huile sur toile

Paul Delvaux fait partie du mouvement surréaliste belge. Ses thèmes récurrents sont : des femmes nues, parfois un éphèbe, des hommes en costumes dans une attitude un peu figée, hiératique; au sein de paysages mêlant vrai paysage et éléments urbains de la ville de nos jours ou des éléments en pics et des gares.

Le mouvement surréaliste fait suite au mouvement Dada et comme lui rejette les règles académiques. Sont représentant le plus fameux est Salvador Dali qui  produira une œuvre faites de scènes oniriques qui ne peuvent absolument pas exister sauf dans les cauchemars ou dans le monde des rêves.
L’œuvre de Delvaux est influencée par Dada et les recherche de Freud autour de l’inconscient et des rêves.

Paul Delvaux, L’âge de fer 1951

Observons bien que chaque tableau suivants se passent la nuit.
Si il y a une référence à l’art classique dans la position de la femme qui peut faire penser à la Venus d’Urbin du Titien ou à l’Olympia de Manet. Mais elle est mise en scène dans un lieu qui n’a rien à voir avec ce que l’on peut envisager ou imaginer.

Paul Delvaux, Les phases de la lune

On y retrouve Une femme à moitié dévêtue, beaucoup d’hommes vêtus de costumes. Delvaux représente un espace extérieur lunaire et dans cet espace intérieur des gens qui ont l’air vrai en conversation sauf la femme qui est isolée. Il utilise les procédés techniques habituels à savoir perspective linéaire, aérienne et chromatique, pas atmosphérique parce que une des caractéristique de la peinture surréaliste c’est d’utiliser une facture picturale nette, précise pour nous confronter à une espèce de réalité qui est impossible. Si dans le tableau de Marquet vu plus haut  il n’y a pas de détails, que le cerveau du spectateur doit faire le travail de reconstitution. Chez les surréalistes tous les détails possibles et imaginables sont finement représentés pour nous confronter et nous faire croire à cette proposition qui en fait est impossible.

Paul Delvaux, La ville lunaire 1944 – 107×208

Il aime aussi de temps en temps ajouter des squelettes. Paul Delvaux a eu une enfance assez compliquée et traumatisante dans ses relations à sa mère et à ses sœurs, ceci n’expliquant pas nécessairement cela.

Paul Delvaux, La solitude 1956 - 99x124

Paul Delvaux, La solitude 1956 – 99×124

La gare, avec les perspectives traditionnelles. Une lumière naturelle venant de la lune qui éclaire vraiment bien. Et à côté de ça une ambiguïté, un espace éclairé par de la lumière artificielle. Une petite fille habillée qui nous tourne le dos, le mystère est entier.

Paul Delvaux, Le train le soir 1957 – 110×170

Une gare qui semble déserte. Mais à droite une petite fille qui semble observer.

Si chez certains artiste il faut vraiment chercher pour trouver des exemples nocturnes, chez Delvaux c’est très commun. Delvaux traite de sujets oniriques et le monde du rêve appartient à la nuit. Et la nuit amplifie l’intensité mystérieuse, étrange de ces représentation de l’inconscient « boîte noire » de l’être humain.

Delvaux à également fait beaucoup d’œuvres scènes religieuses où tous les personnages sont des squelettes.

Edward HOPPER 1882 – 1967


Si il y a bien une œuvre majeur dans l’art du 20ème siècle et qui parle de la nuit c’est celle d’Edward Hopper.

Edward Hopper Oiseaux de nuit ou Noctambules 1942 – 84×152

Nous sommes dans la peinture américaine qui au départ est influencée par la peinture européenne et puis un moment des courants très spécifiques vont se mettre en place.
Entre 1906 et 1910 il voyage en Europe et visite de nombreux musées en Italie, Allemagne, Espagne, Royaume-Unis, Slovaquie, Belgique, France où il vivra quelques temps. Il travaille pour une société de films et à en charge de réaliser des affiches ce qui aura un impact sur sa peinture. De retour au Etats-Unis il s’installe définitivement à New-York. Il devra attendre l’entre deux guerre pour faire une première exposition. Et la consécration en 1925 vient avec le tableau « Maison au bord de la voie ferrée » qui entre au Museum of Modern Art en 1930.

Ce tableau est un des plus connus, il peint la vie urbaine et comment l’on vit à New-York. Pour ce tableau il s’est inspirer d’une nouvelle d’Ernest Hemingway «  the killers » qui à été adaptée au cinéma en 1946 après l’exécution de cette peinture. Le pitch : deux tueurs à gage attende leur victime dans une brasserie. Les historiens de l’art pensent qu’il s’est inspiré de Van Gogh pour les lumières particulières de ces lieux et a traduit cela à sa façon ce qui donne cette lumière très étrange. La scène se passe de nuit, à demi éclairée. La nuit est visible à l’extérieur  du « dîner », brasserie, mais cela pose déjà problème par rapport à  la quantité de lumière. On veut bien admettre que la lumière du « dîner » se projette à  travers les vitres mais peut-elle aller aussi loin au point d’éclairer la façade rouge et tout le trottoir vert, il y a des étrangetés. Et il y a, à l’intérieur cette lumière jaune amplifiée par la couleur des murs qui met en évidence une scène avec quatre personnages qui bien qu’ils soient dans le même espace sont seuls. Hopper va mettre en évidence la vie humaine mais surtout la Solitude. Sont œuvre est tellement particulière que c’est un mouvement à lui tout seul.

La nuit va permettre de mettre deux choses  en évidence: le plus flagrant est la lumière artificielle qui montre quatre individus seuls ensemble. Et d’autre part la déshumanisation de la ville qui une fois la nuit tombée se vide de toute présence humaine.

Marc CHAGAL 1887 – 1937

Voici un tableau représentatif de son travail.

Marc Chagall, Libération 1952 – 168×88

Biélorusse issu d’une famille juive hassidique ce qui va compter dans son œuvre puisqu’il va y développer des éléments de la culture « russe » comme les scènes de musique et de folklore  et associé à cela des éléments de la religion juive de manière très codifiée.
Ici en matière de gestion d’espace, il explose tout, les plans, les perspectives c’est un précurseur. Pour comprendre il faut lire ce qu’il a écrit et il a écrit beaucoup sur son travail.

Marc Chagall, la nuit de Saint Paul 1958 – 50×38

Chagall choisi de représenter la nuit par un fond noir et ce fond va lui permettre de mettre son sujet en évidence par un dessin blanc rehaussé de quelques touches de couleurs. Cela n’aurait pas le même effet si il l’avait dessiner en noir sur fond blanc.

Leonor FINI 1907 – 1996

Leonor Fini, Voyage sans amarres, 1986

Née en Argentine, d’un père argentin et d’une mère italienne qui la ramène à Trieste, dans sa famille maternelle lorsqu’elle est encore bébé. Son père va tenter de la kidnapper à plusieurs reprises et pour éviter cela on la déguise en garçon. Rebelle elle est renvoyée de toutes les écoles, c’est un oncle Ernest Braun qui propriétaire d’une impressionnante bibliothèque sera son pygmalion.

Trieste est encore rattachée à  l’empire austro hongrois et les influences de la culture cosmopolite, de la pensée de Freud, de Nietzsche vont développer sa personnalité, mais c’est dans son enfance qu’elle puise son inspiration:

« encore enfant, d’un jour à l’autre, j’ai découvert l’attrait des masques et des costumes … Se costumer, se travestir est un acte de créativité. … C’est l’extériorisation en excès de fantasmes qu’on porte en soi, c’est une expression créatrice à l’état brut. »

En 1931, elle rejoint Paris et  est introduite auprès des surréalistes par Anna de Noailles y fait connaissance de Max Ernst, devient sa maîtresse. Si elle s’inspire des théories surréalistes et pratique le dessin automatique et métamorphique, elle n’a par contre aucun goût pour les longues dissertations, les manifestes et autres prises de têtes des ces artistes qui se prennent pour les nouveaux papes de l’art à la mode ne l’intéresse pas. En 1932 première exposition personnelle à Paris dont la pièce maîtresse est

Leonor Fini, Le travesti à l’oiseau 1932 – 100×65

André Breton chef de file des surréalistes l’évince du cercle et c’est pour cela que pendant longtemps on a peu parler d’elle, ni publié de livre sur son œuvre.

Revenons à l’œuvre pour constater que ce que nous montre Leonor Fini est un monde onirique. Elle y place des êtres parfois androgynes qu’elle associe avec des animaux. Les personnages enveloppés de tissus chamarrés, brillants, précieux sont un prétexte pour la renvoyer à sa féminité. C’est caricatural, mais à l’époque et pendant longtemps c’est le discours des critiques et des historiens d’art. Il y a aussi dans sont œuvres des mises en scènes cérémonielle avec un petit peu d’érotisme, un petit peu de cruauté. De ce côté, chez Dali, on est bien servi aussi. Et chez Fini, la femme est prêtresse, sorcière, souveraine, elle a un statut ambigu n’est pas du tout représentative de la femme des années ´40 et ´50 c’est à dire mère au foyer s’occupant des enfants et surtout n’ayant pas de travail. Elle était en avance sur son temps, elle correspond plus à l’imaginaire féminin de 2024.

La nuit chez Leonor Fini sert à développer l’espace onirique qu’elle déploie avec subtilité. Un monde imaginaire peuplé de femmes puissantes, de chimères fantastiques, d’humains mutants en végétal.

Leonor Fini est aussi une passionnée de chats lorsqu’elle décède il y en a 17 dans appartement elle les a aussi beaucoup portraiturés.

« Mutante, elle aura joué avec les genres, du féminin au masculin, de la femme au félin, de l’humain au végétal. Autant de marques distinctives qui ont donné l’adjectif de finien »

Espérance GIRAL, Publié le
La Dépêche du Midi
Parallèlement à la peinture, elle a créé un meuble, des décors et costumes de théâtre, des dessins, des illustrations, des eux fortes, des lithographies, des masques, le flacon du parfumé Schoking d’Elsa Schiaparelli, un papier peint, une étiquette pour un vin Mouton Rotchild, ….

Paula REGO 1935 – 2022

Artiste portugaise, elle est élevée essentiellement par une nurse et sa grand mère qui lui raconte tous les contes portugais et les histoires du folklore. Très jeunes préférant la solitude elle dessine et illustre ces histoires. Ses parents aisés et anglophiles lui paie des études à la prestigieuse Slade school of Fine Art de Londres où étudiera de 1952 à 1956. Elle est reconnue comme l’une des membres de la seconde génération de l’école de Londres au côté de Francis Bacon et Lucian Freud. Elle rencontre Victor Wiling élève comme elle et déjà marié, elle se retrouve enceinte, ce n’est pas la première fois mais cette fois elle décide de garder le bébé. Son pere viendra la chercher et la ramener au Portugal. Wiling divorcera et la rejoindra vivre quelques années avec lui au Portugal puis la famille revient à Londres et Paula fait des aller retour entre ces deux pays.
Son œuvre très critique et engagées politiquement contre la dictature puis contre le patriarcat et toutes formes de domination. Son intérêt pour les histoires et les contes sont la source d’inspiration de toute son œuvre, inspiration qu’elle puise dans la littérature du 19eme siècle et dans les contes. Son engagement féministe, qu’elle revendique sans chapelle, vont la conduire à réaliser une série de peinture pour dénoncer l’avortement qui auront un impact sur le second référendum portugais. Elle montre aussi dans ses tableaux des femmes qui ont un physique presque bestial et qui en même temps semblent soumises. C’est une manière de dire qu’il ne faut pas trop s’y fier parce que comme un animal, une femme peut être imprévisible, violente. Elle ne croit pas à la bonté spontanée des femmes. D’autres œuvres montrent les relations ambiguës entre parents et enfants autour de la réprimande et de la punition.

Mes sujets sont les jeux de pouvoir et de hiérarchie. Je veux toujours tout changer, chambouler l’ordre établi remplacer les héroïnes et les idiots

Paula Rego, La danse 1988 – 212,6×274 – Acrylique sur papier sur canevas. TATE Londres.

Paula Rego confronte souvent son spectateur à de grand format pour le contraindre à voir ce qu’elle veut montrer. Le mot danse nous fait inévitablement penser à la joie. Sans connaître l’intention de l’artiste on peut y voir les relations ambiguës entre hommes et femmes. Il semble que la scène se passe au bord d’une falaise ce qui amplifie l’aspect étrange et un peu fantastique, bizarre. On peut évoquer le caractère parfois contraint de la danse qui serait le lieu de contrat d’union non désirées pour les femmes et parfois les hommes.

En fouillant un peu sur les motivations de Paula Rego qui pour rappel pratique une peinture narrative, on peut trouver une interview de son fils Nick Wiling. Il y explique que ce tableau est une évocation de la vie de Paula Rego. Au fond elle danse avec sa grand mère et sa nany, puis elle danse avec son mari, puis il danse avec une nouvelle maîtresse, et puis elle danse seule en costume traditionnel. Au fond sur la Coline c’est la prison ou Salazar enfermait les opposants politiques et que l’artiste a évoqué plusieurs fois dans son œuvre.

Paula Rego Dessins pour : La danse 1988 TATE Londres

Paula Rego montrait et parlait toujours de son travail à son mari. Lorsqu’elle a eu l’idée de ce tableau, il était très diminué par la sclérose en plaque. Au départ elle voulait seulement représenter des femmes qui dansent  ensembles. Mais, il lui a dit que cela manquait d’hommes. En général, elle suivait ses conseil techniques mais se refusait à  changer ses intentions narratives. Cependant, cette fois, elle se dit que c’était l’occasion de l’inclure dans l’histoire.
Elle entame son travail, demande à son fils qui ressemble fort à son père de poser. Victor Wiling décède avant que Paula ait terminé le tableau.

Son monde s’écroule car ce mari, infidèle et parfois violent était aussi son partenaire dans la danse de la vie.
Outre les procédés techniques magistralement utilisés pour rendre la matérialité des vêtements la perspective chromatique qui nous fait aller de l’un.e à l’autre. Elle a placé son groupe sur une falaise au bord de la mer drôle d’endroit pour un bal nocturne sans lampions. La nuit vient donc chez Paula Rego attiser l’aspect fantastique et bizarre de cette scène, l’ombre de la prison parler de la mort. Et en fin, peut être de cette idée que la vie est plus forte que la mort ou la trahison et qu’il faut continuer de danser.

Peter DOIG 1959

Britannique mais d’origine écossaise Peter Doig est le peintre contemporain le plus coté en 2007 pour le tableau intitulé Canoë blanc vendu à 8,5 millions d’euros.

Peter Doig, Canoë blanc 1990 – 200×243 – huile sur toile

Il a aujourd’hui trois ateliers, Londres, Trinidad où il vit et New-York. Il travaille tout seul. A 19 il s’installe à Londres et poursuit des études dans les écoles les plus réputées jusqu’en 1983 où il réalise ses premiers œuvres et il sera immédiatement repéré. Il ne vit pas tout de suite de sa peinture, il travaille comme peintre dans le cinéma.

« Le fait d’être pendant trop longtemps privé de peinture a été bénéfique, les idées se sont mises à d’ébouler. Mes maîtres étaient toujours les mêmes : Matisse, Manet, Munch. Mais pour la première fois j’ai oser les citer en toute liberté dans mes tableau ce que je m’interdisait avant. 

Il révèle ses source d’influences mais on pourrais aussi y voir aussi un aspect décoratif à la Klimt et pour les arbres un peu d’Egon Schiele.
On est devant un paysage avec un plan d’eau où se reflète les éléments techniques.
Son propos, c’est le rapport de l’Homme avec la nature. Il va travailler dans des lieux sauvages, abandonnés, que l’on ne peut pas identifier et donc retrouver. Des endroits que l’humain traverse mais où il ne s’arrête pas et y laisse parfois un objet. Le canoë est un objet fétiche ayant lui même beaucoup pratiqué cette activité. De la nature donc, des objets qui parlent de l’humain mais pas de présence humaine ou parfois une silhouette solitaire.
Il ne peint jamais en plein air, pour composer ses toiles il fait des photos, où il va piocher chez les autres ou partout dans la presse et la publicité touristique, des pochettes de disques et les film d’horreur. Peindre un tableau lui prend beaucoup de temps, il y revient pendant plusieurs années. Il traite le même thème mais de manière différente. On sent les textures, le travail sur la couleur est très recherché.

L

Peter Doig, Submergé 1990 – 197×241

es effets de lumières, ici on ne sait pas trop mais on est probablement dans la journée avec une lumière plus jaune alors que la densité de la forêt nous égare un peu.

Peter Doig, Milky Way 1990 – 152×200

Quand c’est la nuit il y a des halos, de la brume, des flocons de neige, des étoiles, des labyrinthes de branches. Il nous montre une nature toute puissante ou l’être humain n’est qu’une petite entité présente le plus souvent au travers d’une trace objet délaissé.
Milky Way est sa toile la plus connue. La Voie lactée est stylisée et en-dessous un paysage synthétisé ou on Repère une ligne d’horizon et les reflets des végétaux et de la Voie lactée dans un plan d’eau. Il génère une confusion dans l’agencement de l’espace. Mais aussi il nous envoie au-delà de la terre par la représentation de cette voie lactée qui est hors espace terrestre et où l’humain n’a de place que par l’imaginaire. Il tellement peut de place que dans ce grand tableau il y a un tout petit canoë. Avec peut-être un humain.

Il nous fait des nocturnes mais pas bleu.

Peter Doig, Baked 1990

On est dans un crépuscule moment où le soleil vient de se coucher et les longueurs d’ondes laissent passer le rouge qui est diffusé dans les particules de l’atmosphère.
Le ciel rougeoyant se reflète dans la mer et encore une fois un tout petit bateau. Et où on a encore ce sentiment d’une nature qui domine.

Silke SILKEBORG

Silke Silkeborg

Feux d’artifices

Elle peint les villes en les regardant la nuit, en surplomb quand le noir à envahi et manger les couleurs on n’y voit plus que les lumières blanches qui dessines le territoire.


Dans la version ci dessous cela devient plus intéressant. Elle va prendre un détail et l’amplifier.

Et cela donne ceci. Nous avons vu que la nuit pouvait montrer le sujet différemment. Silke Silkeborg nous a montrer la ville dessinée par ses lumières et on reconnaît le sujet. Ici elle agrandi un détail, on sait que c’est la ville la nuit mais le sujet disparaît.