Marie-Claire Messouma Manlanbien est une artiste contemporaine née en 1990. Issue d’un père ivoirien et d’une mère guadeloupéenne, elle a grandi entre Abidjan et Paris, avant de se former à l’Académie des Beaux-Arts de Paris où elle vit et travaille actuellement.
Son œuvre est décrite comme « polymorphe », intégrant notamment le travail du fil et du textile mais aussi des installations où se combinent divers matériaux.
Elle se définit elle-même comme une « conteuse de poèmes », proposant des créations qui instaurent de nouvelles topographies visuelles et invitent à repenser nos modes de perception. Contrairement aux héritages de la renaissance, fondés sur la clarté géométrique et une construction très lisible, les œuvres de Manlanbien nous obligent à redéfinir notre manière de regarder.
« Ofititi » signifie « Au commencement de tout », Musée Beaubourg de Metz (exposition sur l’impact des cultures caribéennes et créoles). Dimensions de 5 m/5 m.
Cette œuvre incarne la dimension originelle et cosmologique de son travail.
La structure associe des matériaux variés : fil, collant, raphia, silicone, matières végétales et organiques, métaux, tissage, céramique, dessin et fonderie. Ces éléments sont fixés à une armature métallique.
La pièce centrale se distingue par des fils qui s’étendent jusqu’au sol, où sont disposées des céramiques contenant coquillages et objets divers. Un tissu blanc est cousu à la base centrale, enrichi de tissages auxquels l’artiste ajoute des éléments reliés par des fils, ornés de boutons, coquillages et végétaux.
Sur le côté et au centre apparaissent des dessins de corps fragmentés, accompagnés de représentations d’organes indéterminés. Les fils dessinent des formes, reliant certains éléments et en laissant d’autres isolés.
L’ensemble échappe à toute construction géométrique classique : si la renaissance privilégiait symétrie et organisation rigoureuse, ici l’ajout des matériaux se déploie librement, sans référence à ces structurations.
Sur un autre côté, l’artiste figure des doigts, tandis qu’au sol sont disposées des pièces de bois, parfois associées à des coupelles et des coquillages.
I IMPRESSIONS GÉNÉRALES
Pas de description mais des ressentis, pour s’aider on peut commencer la phrase par « je me sens … » ou « l’ambiance est… »
Impressionné
Envoûté
Curieux/ interpellé
Perplexe/perdu/ confus
En lien
En apesanteur.
II PROCÉDÉS TECHNIQUES
Rappel : en 3D, il y a 5 ou 6 procédés : le volume, la ligne de direction, l’état de surface, la lumière, la couleur et éventuellement l’intégration dans l’espace (à étudier si l’espace joue un rôle).
1 LE VOLUME
Définir un contenant qui envelopperait l’œuvre au plus près.
L’œuvre étudiée s’inscrit dans un grand cube de 5 m de côté essentiellement constitué de vide. Ce vide met en valeur les fragments de tissu et les objets, renforçant l’impact visuel.
Contrairement à une sculpture classique comme le « David » de Michel-Ange, qui occupe un volume plein, Marie-Claire Messouma joue sur le vide pour accentuer la présence des matériaux et les mettre en évidence.
2 LIGNES DE DIRECTION
Essentiellement des verticales : tous les montants métalliques servant de structure mais aussi les tissages qui tombent et matérialisent les surfaces du cube, créant ainsi l’espace.
Toutefois, à l’intérieur des panneaux, les lignes se diversifient : des obliques, des courbes, des horizontales, mais aussi des lignes verticales. L’œuvre propose ainsi une multiplicité de lignes.
3 ETAT DE SURFACE
SI je passe la main sur différentes parties de l’œuvre, qu’est-ce qui se passe en terme tactile, en termes de sensation ?
Rugueux
Désagréable
Doux: certains textiles, les pierres semi-précieuses
Structuré : on sent la structure du tissage, différente des reliefs du fil
Chaud : le tissu
Froid : le métal
Friable et rugueux : les végétaux
Reliefs piquants et coupants : coquillage, oursin
L’œuvre propose une grande diversité d’états de surface.
4 LA LUMIERE
En 3D il y a trois aspects techniques de la lumière:
- La lumière est absorbée : la lumière qui percute la surface reste sur la surface et va nous permettre de conscientiser l’état de surface et éventuellement la couleur.
- La lumière est réfléchie : la lumière percute la surface et revient vers nous en créant un reflet/une brillance. Cela peut nous priver de la vision exacte de cette surface.
- La lumière fait des jeux d’ombre et de lumière : la sculpture faite de creux et de pleins dans lesquels la lumière extérieure ne peut pas pénétrer et ceci génère donc des ombres. Ce procédé est contrôlé par l’artiste. A ne pas confondre avec les ombres portées formées par les conditions d’exposition de l’œuvre que l’artiste ne maîtrise pas.Il est important de toujours être certain que l’on analyse la lumière sur l’œuvre choisie et non pas la lumière choisie par le photographe.
Pour l’œuvre étudiée :
La lumière est majoritairement absorbée.
Lumière réfléchie ? Sur les pierres semi-précieuses. La lumière percute la surface de la pierre semi-précieuse et revient vers nous sous forme de petits points lumineux mais c’est vraiment fugace.
Ombre et lumière ? A l’intérieur des doigts, il y a un petit peu d’ombre. Toutefois, est-ce que l’artiste a vraiment réfléchi à ce qu’il y ait de l’ombre et de la lumière sur son œuvre ? La réponse est NON.
Donc c’est vraiment l’absorption qui est choisie comme lumière essentielle dans l’intention de rendre tous les éléments perceptibles, accessibles visuellement dans cette œuvre complexe.
Note : l’effet rendu par le tissu plus blanc n’est pas de la « réflexion », c’est un effet provoqué par les spots situés au-dessus de l’œuvre.
5 LA COULEUR
En 3D, les couleurs sont généralement celles des matériaux utilisés (métal, bois, pierre par exemple). Par ailleurs, dans l’art contemporain où les artistes ont introduit la couleur, on peut appliquer les procédés de la 2D.
Ici, les matériaux sont naturels, mais une gamme chromatique naturelle est néanmoins présente : ocre, marron, gris très foncés, noir pour les dessins des corps.
Noir et blanc : sur la partie inférieure du panneau, un tissage avec un fil coloré : un fil noir et un fil blanc.
La palette reste donc limitée : tons naturels (ocres, bruns), sans aller vers les jaunes, auxquels s’ajoutent noir, blanc et quelques gris.
Caractéristiques techniques : contraste, harmonie ?
On constate des contrastes, notamment entre les différentes parties du bas du panneau central. Cependant, il y a aussi de l’harmonie avec l’utilisation de différentes nuances d’une couleur semblable. L’artiste opte pour donc pour les deux : contraste et harmonie.
Intensités des couleurs ?
Les intensités sont moyennes à pâles. Quelques éléments végétaux sont plus foncés, le métal gris foncé de la structure permet de visualiser le volume et donc de conscientiser une 3D. Si l’artiste avait peint la structure métallique en blanc, on aurait eu l’illusion que les éléments flottent dans les airs. Il y a rarement de hasard dans les choix des artistes.
Emotions des couleurs ?
Le violet : triste, apaisant.
Orangé (les pierres) : joie, tranquillité.
6 L’ENVIRONNEMENT
Si l’on déplaçait cette sculpture dans un autre espace, fonctionnerait-elle différemment ? Non.
L’environnement n’a pas d’impact sur l’œuvre, ce qui est un choix volontaire de l’artiste. On n’a pas besoin de l’espace de la pièce pour entrer en contact avec l’œuvre. Note : dans ce cas, il ne faut pas construire l’effet recherché.
C’est pourquoi, il s’agit davantage d’une installation que d’un environnement.
III LES EFFETS RECHERCHES
Les lignes :
Emoustillé/envouté par les nombreuses lignes qui, de proche en proche, de la verticale rigide aux courbes et sinueuses, m’emmènent vers les secrets du Dja.
La lumière :
Je me sens interpellé par la lumière absorbée qui met en évidence les multiples objets et me plonge dans un univers complexe et mystérieux.
Le volume :
Je me sens désorienté par ce cube déstructuré qui remet en question mes notions d’équilibre.
Les couleurs :
Je me sens confus par la couleur violette de certains tissages et orangé des coquillages. Je parcours l’installation tantôt avec tristesse et tantôt avec joie.
Etat de surface :
Je me sens en lien avec la diversité des matériaux naturels doux et friables, en harmonie avec l’intériorité de mon être.
Question : Faut-il travailler aussi avec la céramique au sol ? Oui, car tout objet dans cette installation a son importance. Chaque écuelle contient des éléments qui amplifient encore la complexité.
Réflexions, interrogations…
Certains étudiants sont troublés par la complexité de l’œuvre, ressentent une forme de saturation. Cette complexité tient à une organisation et des formes inhabituelles pour l’art occidental, traditionnellement bien organisé, structuré, reconnaissable, héritage de la renaissance.
Ici, «cela part un peu dans tous les sens », ce qui crée confusion et perte de repères. L’artiste ne facilite pas la lecture, elle le fait exprès et ne nous explique pas les choses.
L’œuvre mêle art contemporain, art africain, et art spirituel en lien avec le cosmos, rompant avec la logique occidentale depuis le XVe siècle où il n’y a pas ou peu de mystère.
IV LE CONTEXTE CULTUREL
Dans ce paragraphe on rassemblera des informations nécessaires à la compréhension de l’œuvre.
Le contexte historique, sociologique, économique :
On introduira dans ce paragraphe les informations à propos du contexte de création. Exemple avec Guernica de Picasso où l’œuvre est indissociable de son contexte politique.
L’artiste
On introduira dans ce paragraphe les informations à propos de l’artiste nécessaires pour mieux comprendre l’œuvre. Il s’agit d’être concis.e, et de ne pas se perdre dans trop de matière. Dans le cas de Picasso, ne pas évoquer toutes les périodes de l’artiste mais uniquement celles qui sont pertinentes pour l’œuvre étudiée.
L’œuvre
Des informations telles que la date de création, les dimensions et les matériaux utilisés seront utiles. D’autres éléments peuvent être ajoutés si ils apportent des précisions sur l’œuvre.
Cette recherche est indispensable car elle nourrit la réflexion sur le message de l’œuvre. Parmi la masse d’informations collectées, seules les plus significatives seront retenues pour construire ce message.
Thématiques et influences de l’artiste :
Ses recherches artistiques explorent des thèmes tels que la féminité, l’identité, le corps, en dialogue avec ses héritages caribéens et ouest-africains.
Malgré sa jeunesse, Marie-Claire Messouma Manlanbien a déjà acquis une visibilité internationale : elle a exposé à l’Orangerie et à la Cité internationale des arts à Paris, à la Biennale de Venise en Italie, ainsi qu’au Design Institute de New York. En 2021, elle est lauréate du programme « 1 % marché de l’art » avec son œuvre Ofititi.
Elle affirme : « Quiconque peut défaire ce nœud connaît déjà le secret du Dja ». En Afrique de l’ouest, le mot « Dja » signifie « l’espace sacré ».
Elle intègre dans son travail des réflexions sur le syncrétisme et la créolisation. Elle travaille sur l’impact des cultures africaines dans les sociétés occidentales contemporaines, dans un contexte marqué par un passé colonial et les difficultés liées à la reconnaissance de la culture africaine originelle et actuelle.
Elle affirme : « Dans mon travail, je relie le féminin au masculin, car je pense que les êtres sont connectés au cosmos, aux éléments, à la terre sur laquelle nous marchons, à l’air, à l’oxygène que nous respirons, à la faune et à la flore qui nous entourent et qui contribuent à produire cet air plus ou moins sain que nous respirons selon là où nous sommes ».
C’est dans cette vision cosmique que l’artiste s’illustre comme étant une particule du cosmos faisant partie d’un tout complexe.
Dimension spirituelle et symbolique :
Elle pose des réflexions sur les actes de soin, hérités de ses ascendances ivoiriennes et guadeloupéennes, où le bien-être du corps et de l’âme est indissociable du vivant et de l’organique.
Ses séries intitulées « Prendre soin » illustrent cette démarche, en proposant des œuvres textiles enrichies de végétaux, de céramiques et de dispositifs immersifs qui évoquent des rituels de guérison et de connexion cosmique.
« Prendre soin », 102/92 cm, série :
Techniques mixtes. Présence de céramiques et d’ensachement de végétaux qui font penser aux pratiques des sorcières, des chamans.
L’artiste revendique une approche empreinte de secret et de sacralité, proche de pratiques chamaniques.
Elle dit : « Je suis assez secrète dans mes actes de création et ne les révèle que lorsque le moment est venu. »
Matériaux et techniques :
L’artiste privilégie le tissage artisanal à base de fibres naturelles (soie, coton), enrichi de broderies, dessins et ajouts de matériaux organiques tels que coquillages, écailles ou végétaux. Ces éléments confèrent à ses œuvres un relief qui dépasse la 2D et vont s’ouvrir progressivement vers « l’installation ».
Œuvres :

« Cheveux et lames de rasoir » 150/100 cm :
Certaines œuvres intègrent des cheveux et des lames de rasoir, créant des compositions qui évoquent des cartes géographiques abstraites déstabilisant notre regard occidental. Là encore, l’artiste décide de ne pas nous donner d’explications.

« Paysages organiques, le jour » 230/120 cm :
L’œuvre se construit sur une toile de fond tissée, à laquelle l’artiste ajoute un tissu servant de support à ses dessins. Sur cette surface, apparaissent des formes arborescentes qui évoquent des constellations, une sorte de cosmos, une voie lactée.
Au centre de la composition, on distingue un individu humanisé, marqué par la présence d’organes génitaux. Autour de cette figure, l’artiste ajoute progressivement divers éléments évoluant en un espace ouvert, cosmique et organique, où le corps humain se mêle aux forces de l’univers.

« Corps entre vagues et cieux » 100/70 cm :
Système d’éléments surajoutés qui commencent à sortir de l’espace.

« Œuvre sans titre » :
Progressivement, son travail évolue vers des plus grands formats où les éléments débordent de la surface verticale pour investir le sol et l’espace environnant dépassant la 2D. On parle alors « d’installation ».
Ces installations sont élaborées avec des travaux préparatoires.
« La nature infrahumaine, nuit », 2024, 135/55 cm
« Cosmogonie », 2023 : référence à Yves Klein
Influence majeure
Marie-Claire Messoua revendique une influence de l’artiste El Anatsui. C’est un artiste Sénégalais reconnu pour son travail sur les matériaux de récupération. Il sublime des objets pauvres et prosaïques – capsules, canettes, métaux – pour créer des volumes.
« J’ai observé le travail du plasticien El Anatsui qui m’a intéressé par les matériaux qu’il utilise pour créer ses volumes. Il transforme un matériau solide et rigide en un drapé d’apparence légère et voluptueuse. Les capsules d’aluminium façonnées, reliées par un fil de cuivre vont figurer des motifs ressemblants aux riches pagnes traditionnelles Akan ».
L’objet métallique, par ce travail, acquiert une dimension textile et se pare de motifs que l’artiste associe à la culture africaine traditionnelle.
El Anatsui reprend une tradition qui s’est imposée dans l’art contemporain depuis le début du XXᵉ siècle : la réhabilitation de l’objet de rebut. Cette démarche consiste à conférer une valeur artistique à des objets de rebut, des matériaux initialement dépourvus de toute dimension esthétique. L’artiste choisit ainsi de transformer ce qui était destiné à être jeté, en œuvre d’art.
À travers ses œuvres, il évoque les relations complexes entre l’Afrique et les anciens pays colonisateurs. Ces derniers ont massivement importé des produits inexistants en Afrique avant la colonisation, imposant leur contrôle sur les marchés économiques des territoires conquis.
En recyclant ces matériaux industriels européens, El Anatsui les sublime et les érige en œuvres d’art. Ce qui était destiné à la poubelle devient un objet porteur de sens, un « totem » symbolisant la rencontre entre cultures africaines et occidentales.
Ainsi, ses créations matérialisent une histoire faite d’échanges, de tensions et de métissages culturels, tout en interrogeant la valeur que nous attribuons aux objets et aux matériaux.
Les œuvres de El Atsui :
« Erosion », 1992 : morceaux de bois brûlés associés à d’autres éléments. Très organique.
Ensuite, il abandonne ces matières propres à la culture africaine (bois, terre/céramique) pour basculer vers le métal en utilisant des capsules et des morceaux de canettes découpées. Il crée des immenses drapés.
La démarche n’est pas écologique mais politique. L’artiste part du constat que le matériau qu’il utilise est disponible en abondance et qu’il appartient à la culture occidentale, omniprésente dans son environnement. Il transforme ces éléments en œuvres d’art, en leur conférant des caractéristiques esthétiques proches des codes occidentaux : choix des couleurs, formes abstraites, absence de sujet figuratif. Ces créations s’inscrivent davantage dans une esthétique occidentale que dans une esthétique africaine traditionnelle.

Les œuvres se présentent sous la forme de grands pans verticaux, parfois monumentaux, atteignant jusqu’à 15 à 20 mètres de longueur.
Cette verticalité est essentielle, bien que certaines pièces commencent à interagir avec le sol, créant une continuité entre la surface verticale et l’espace environnant. Cette évolution interroge la frontière entre la 2D et la 3D, et introduit la notion d’environnement : l’œuvre ne se limite plus à une installation, elle s’impose dans l’espace.
En 2007, l’artiste travaille en extérieur et intègre ses créations à l’architecture, en les associant harmonieusement à la surface d’un bâtiment. Il y a une véritable intégration/pénétration de l’œuvre dans son environnement.
Il explore également la transparence et le croisement des pans verticaux, qui ne sont plus complets, envahissant l’espace. Il s’agit ici d’un environnement et pas d’une installation.
Le processus de création est complexe et collectif. L’artiste dirige aujourd’hui un atelier à Dakar où collaborent une cinquantaine de personnes. Les matériaux sont récoltés, triés par couleur, puis assemblés.
Chaque pièce est perforée et reliée par des fils de cuivre. Les capsules métalliques sont aplaties, parfois associées à des éléments circulaires, afin de créer des surfaces pleines ou ajourées.
L’assemblage, réalisé au sol, exige une grande précision et un travail minutieux, comparable à celui d’une fourmi, pour des œuvres pouvant atteindre 12 mètres sur 5.
L’ensemble présente un poids conséquent, ce qui impose un travail au sol. Lorsqu’il est soulevé, ce poids entraîne naturellement la formation de plis. Ce choix n’est pas fortuit : l’artiste pourrait tendre la structure pour obtenir une verticalité parfaite, mais il privilégie volontairement cette ondulation, cette dynamique dans le plan vertical.
Le résultat, issu de rebuts, révèle une recherche esthétique affirmée : associations de couleurs, alternance de pleins et de vides, jeux de transparence. Certaines combinaisons évoquent une sensibilité occidentale, tandis que d’autres, plus bigarrées, rappellent les audaces chromatiques propres aux cultures africaines. Ce mélange confère à l’œuvre une identité singulière, entre deux univers esthétiques.
La réflexion de Marie-Claire est influencée par des personnes qui défendent la culture africaine traditionnelle, cherchant à la faire reconnaître comme une culture riche et authentique, distincte du passé colonial. L’histoire des colonies occidentales a imposé une domination culturelle, économique et intellectuelle, reléguant les traditions africaines au second plan. Pourtant, cette culture existait bien avant l’arrivée des Européens et possède une profondeur, une richesse symbolique et un mode de pensée spécifique, différent de celui des sociétés occidentales. Il est essentiel de considérer cette culture comme porteuse de sens et de valeur.
La problématique est que les sociétés occidentales, historiquement dominantes, ne remettent guère en question leur position. Les études sociologiques montrent que les groupes dominants considèrent leur positionnement comme un état de fait, sans se préoccuper des autres cultures envisagées comme marginalisées.
Dans ce contexte historique et sociologique, Marie-Claire cherche à rétablir un équilibre en affirmant la puissance et la dignité de la culture africaine.
V LE MESSAGE
Le sujet :
Une description succincte :
Les procédés techniques importants :
En 3D il y en a 6.
Les éléments de contexte culturel importants:
Le contexte historique, sociologique, économique :
L’artiste :
L’œuvre :
LE MESSAGE
Assembler les éléments retenus et en faire un texte.
Un premier message est lié au mysticisme de l’œuvre. La technique de la tapisserie, composée d’un assemblage de matières diverses constitue une série de « petits mondes » autonomes, disposés sur la surface de la toile. Cette organisation suggère l’idée de groupes distincts, liés par une structure commune. Un autre aspect est le mysticisme en lien avec le choix des couleurs qui semblent évoquer la nature. Le mystère ne réside pas seulement dans la palette chromatique, mais aussi dans la compréhension des relations entre les différents « mondes ».
Une approche holistique du monde, qui s’exprime par l’utilisation de matériaux variés, notamment des éléments végétaux. Ceux-ci partent du sol et s’élèvent vers l’espace céleste, traduisant une volonté de relier la terre au ciel, de créer un lien entre le monde terrestre et le monde spirituel.
L’homme fait partie intégrante de l’univers, profondément ancré dans la terre. L’installation révèle un éclatement sans limite, matérialisé par les vides et par la fragmentation des différentes pièces. Les points de « reliance » demeurent difficiles à comprendre : on pressent une unité, mais elle échappe à la compréhension habituelle que nous avons dans les cultures occidentales. Cette œuvre nous entraîne ainsi vers une conception éclatée, holistique liant la terre et le cosmos.
Le sujet consiste à explorer la manière de relier le spirituel et le matériel : travailler sur la notion de vide et de plein, sur l’horizontal et le vertical. Il s’agit de plonger dans les racines, celles de la terre africaine, et de comprendre ce que ces peuples ont vécu, notamment l’esclavage, pour malgré tout s’élever vers un idéal.
Les écuelles et les différents éléments disposés au sol font penser à un système d’offrande destinées à la terre.
Cet aspect du » linceul », avec le tissu plus blanc, plus neutre, et cette dernière face située à l’arrière de l’œuvre, où sont disposés des éléments comme des pierres et des coquillages, évoque une forme de cosmologie, comme des fragments flottant dans l’univers. Cela traduit une difficulté à être entre la matérialité et le cosmique infini. Le sol noir renforce cette impression de contraste.
Les offrandes sont en lien avec la pensée animiste africaine.
Proposition illustrant la complexité par laquelle on peut passer dans l’élaboration du message :
Démarrer par un vide – Création d’un commencement de pensées diverses – Transformation en une création presque unique – La pensée devient un verbe – L’acte du verbe devient l’action – L’action passe par la transformation de la matière – La transformation de la matière devient la construction de la création – Celle-ci devient la liaison entre le terrestre et le grand mystère – Devenant un pont entre la matière et l’immatériel – L’œuvre devient un contact tissé par un cycle
Une Vision Holistique : Entre Terre et Cosmos
La dimension holistique s’impose ici avec évidence : il s’agit d’une approche globale et systémique, qui dépasse toute focalisation sur un élément isolé. Cette perspective nous invite à sortir de notre individualité pour embrasser l’univers dans son ensemble.
Pour accéder à cette universalité, il est essentiel de partir de la terre, véritable point d’ancrage. De là, le chemin s’ouvre vers le cosmos, grâce à des matériaux qui facilitent cette élévation. Cette démarche s’accompagne d’un système d’offrandes, révélant la présence d’une culture animiste où chaque élément est habité par un esprit. Nous sommes ainsi bien au-delà des cadres culturels monothéistes occidentaux, dans un univers infiniment plus riche et complexe.
L’être humain – homme et femme – fait partie intégrante de cette terre autant que de l’univers. Les représentations artistiques, notamment les dessins évoqués, mettent en avant la figure féminine, soulignant l’importance de cette présence dans la conception globale de l’Homme, avec un « H » majuscule.
Cette complexité se traduit par un ensemble de « petits mondes » interconnectés, dont la « reliance » globale demeure difficile à percevoir. L’éclatement des formes, la présence du vide, l’abondance d’espaces et la diversité des matériaux contribuent à cette impression de dispersion. Pour un regard occidental, habitué à une pensée linéaire, cette pensée holistique éclatée peut sembler déroutante, voire déstabilisante. Nous nous y perdons, car elle rompt avec nos repères habituels.
Rappel : le message est propre à chacun, c’est l’interprétation que l’on fait soi-même avec les éléments de l’œuvre que l’on a décodés. La seule situation où l’on peut s’affranchir de l’interprétation, c’est lorsque l’artiste a laissé des indications très explicites sur ses intentions concernant une œuvre. Par exemple, Picasso a été très clair sur ce qu’il voulait exprimer avec Guernica, ce qui facilite la compréhension. Ici, la démarche reste obscure : l’artiste n’explique ni son travail ni ses choix, et l’œuvre s’inscrit dans une multiculturalité africaine qui nous échappe. Elle ne répond pas aux codes de construction auxquels nous sommes habitués depuis la Renaissance ou le Moyen Âge.
Réflexions sur : Le choix des structures métalliques portantes
Certains éléments de l’installation peuvent surprendre, notamment la structure métallique qui soutient les tapisseries. Cette armature, froide et industrielle, semble en rupture avec le caractère mystique ou africain que l’on pourrait attendre de l’œuvre. Elle évoque plutôt la modernité occidentale : le métal, la rigidité, la neutralité des couleurs.
Ce choix n’est pas anodin. Il répond à une nécessité technique – permettre la suspension des éléments – mais il influence aussi la perception de l’œuvre. La structure crée un volume, une circulation, et introduit des espaces vides qui participent à la composition globale. Elle met en valeur les tapisseries tout en imposant une présence qui peut déranger.
Cette tension entre matériaux traditionnels et support moderne soulève une question récurrente en sculpture : le rôle du socle et du support. Certains artistes choisissent de les supprimer pour travailler directement au sol, afin d’éviter toute influence sur la signification.












































