POUR RAPPEL
Un tableau est plat et vertical, cependant l’artiste arrive à nous faire croire qu’il y a un espace qui se déroule en profondeur. Pour ce faire, il utilise le procédé technique de perspective et nous avons vu qu’il y en avait plusieurs. Nous allons en revoir certaines et il y en encore d’autres que nous n’aborderons pas.
La perspective linéaire : avec des lignes dessinées par des éléments architecturaux comme les colonnes qui vont en diminuant. Elles se manifestent aussi dans les lignes du carrelage et du plafond et du mur rosé sur la gauche.
Deux points d’attention :
1) les lignes obliques qui vont vers un point de fuite
2) entre ces lignes, les éléments diminuent régulièrement.
Nous voyons que cela est très construit, ici c’est une perspective à un point de fuite. Des artistes peuvent décider d’en utiliser plusieurs.
La perspective linéaire est une pensée typiquement occidentale. Elle est née avec l’invention de la perspective mathématique au début 15eme siècle, période de la Renaissance dite du Quattrocento. Cette vision est dominante dans la représentation de l’espace depuis cette époque jusqu’à maintenant.
Dans la perspective chromatique : on voit, dans le coin inférieur gauche des marrons ensuite Canaletto place des touches de couleurs rouge, bleue, verte, de différentes tonalités, en rappel dans les différentes zones de sa composition, de manière à faire voyager l’œil du spectateur. Ce parcours de l’œil se fait spontanément, il n’y que quand on se pose la question, comme ici, que cela devient conscient.
Le rouge fait avancer les choses et c’est la première chose que l’on voit, alors que le bleu les éloigne. Canaletto l’utilise de façon intuitive car il faudra attendre la confirmation scientifique de cette propriété des couleurs.
La perspective aérienne : sous le portique la lumière est presque absente à l’avant, ensuite plus lumineuse au sol, plus ombrée au plafond, cela fait deux zones dans le même espace rythmé par l’ombre des colonnes.
En parallèle, au niveau des mêmes plans, à l’extérieur, la lumière naturelle du soleil vient d’en haut à gauche, elle est différente, éclatante, d’une autre couleur.
Au fond, on sort de la galerie et on a une lumière moins forte.
Au-dessus, il fait un rappel de la lumière extérieure qui pénètre par de grandes fenêtres et se répercute sur un plafond blanc.
Question : je ne comprends pas la démarche de Canaletto qui serait de conduire notre regard vers le fond de la galerie alors que notre regard va partout ailleurs avant d’aller là-bas?
Canaletto est en train de se dégager du diktat de la Renaissance qui est la perspective à un point de fuite. Et déjà là il est hors des clous, parce que, son point de fuite devrait être au centre sur une ligne d’horizon. Mais son intention est de nous montrer tout le reste. C’est presque un exercice de style où il joue avec tous les codes artistiques. C’est normal on est trois siècles après la Renaissance, les artistes cherchent toujours à évoluer, innover.
7 LA FACTURE PICTURALE
Définition : la facture picturale est le procédé technique qui décrit la manière dont la matière est déposée sur la surface.
- J’imagine passer la main sur la surface du tableau quel est le ressenti ?
Lisse, doux, satiné, rugueux, granuleux, sableux, râpeux, rêche, inégal, … - Quelle est la texture de la matière posée sur le pinceau ?
Liquide, type aquarelle, crémeuse type yaourt, plus épais type pâte à tartiner et finalement la texture type plâtre qui se déposera plutôt avec un couteau. - Quel est le type de touche ? la touche est le résultat consécutif au dépôt d’une matière sur la surface au moyen d’un outil. Selon le type d’outil, la qualité et la texture de la matière on aura des résultats différents.
Quel est le résultat visuel ?
– Perceptible, on voit les traces de l’outil qui a structuré la matière. Ou on voit le résultat du geste de l’artiste qui a frotté, gratté, essuyé,… Imperceptible, tout est lisse, uniforme- le résultat est net, précis, photographique, imprécis, flou, grossier,… - Pour obtenir ce résultat visuel quelle est l’énergie du geste de l’artiste?
Vive, précise, concentrée, spontanée, retenue, dynamique
Quel est son état d’esprit?
Attentif, mesuré, concentré, méticuleux, décontracté, rigoureux, impatient,…
Allons voir dans quelques tableaux comment appliquer cela.
- J’imagine passer la main sur la surface du tableau quel est le ressenti ?
Douce, lisse. - Quelle est la texture de la matière posée sur le pinceau ?
Crémeuse - Quel est le type de touche et résultat visuel obtenu ?
elle est imperceptible; le résultat est précis, détaillé, net - Pour obtenir ce résultat visuel quelle est l’énergie du geste de l’artiste?
Concentré, minutieux, précis, délicat, attentif.

Paula Modersohn-Becker, La sculptrice Clara Rilke-Westhoff 1905 – Huile sur toile – 52×36,8 Hamburger Kunsthalle
(HA) Paula Modersohn-Becker (1876/1907). En 1906, elle est la première femme peintre à avoir fait un autoportrait intitulé « Autoportrait au 6-ème anniversaire de mariage » nue et semblant enceinte. Elle a été fort influencée par les portraits funéraires de Fayoum découverts au Louvre en 1903.
Clara Rilke- Westhoff ( 1878/1954) est peintre et sculptrice son mari est le poète Rainer Maria Rilke.
- J’imagine passer la main sur la surface du tableau quel est le ressenti ?
Rugueuse, pas tout à fait, on n’est pas dans le lisse mais rugueux renverrait au papier émeri. Grumeleuse, oui c’est plutôt cela. - Quelle est la texture de la matière posée sur le pinceau ?
La matière est plus épaisse type pâte à tartiner. - Quel est le résultat de la touche ?
Perceptible, la touche est perceptible. C’est un peu imprécis, le fond est plutôt grossier. - Pour obtenir ce résultat visuel quelle est l’énergie du geste de l’artiste?
Rapide, vif, cadencé,
Quel est son état d’esprit?
Maitrisé, spontané.

Vincent Van Gogh Champ de blé aux corbeaux 1890 – huile sur toile – 50,5×103 Musée Van Gogh Amsterdam
- J’imagine passer la main sur la surface du tableau quel est le ressenti ?
Rugueux, il y a du relief. (HA) Van Gogh avait constaté que les couleurs des toiles de ses prédécesseurs les impressionnistes commençaient à pâlir, il a donc décidé de mettre des couches épaisses pour faire tenir la couleur dans le temps. - Quelle est la texture de la matière posée sur le pinceau ?
Très épaisse, pâte à tartiner qui sort du frigo, plâtreuse, - Quel est le résultat de la touche ?
1) Perceptible, aucun doute. En bâtonnets, mouvementée, imprécise, on est loin de la touche précise du classicisme. Mais on est devant une touche riche et novatrice. - Pour obtenir ce résultat visuel quelle est l’énergie du geste de l’artiste?
Assuré,
Quel est son état d’esprit?
Dynamique, nerveuse, spontanée, mais aussi maitrisée.
Par ailleurs Van Gogh souffrait de xanthopsie (jaunisse de l’œil) due aux produits qu’il ingérait (alcool, absinthe ou due au médicament à base de digitaline qu’on lui administrait lors de ses internements). De ce fait il voyait plus le jaune que le commun des mortels.
ANALYSE ESTHÉTIQUE pour la 3D Théorie
La grande différence entre la 2D et la 3D c’est une dimension supplémentaire qui est la profondeur. La profondeur ajoutée à la hauteur et à la largeur initie le volume.
Les procédés techniques seront différents sauf pour la couleur où l’on se réfère au procédé couleur de la 2D.
Pour la sculpture, il y a cinq ou six procédés techniques. Comme pour la 2D, ils viennent après les impressions générales.
1 le volume
2 la ligne de direction
3 l’état de surface
4 la lumière
5 la couleur
6 l’environnement
Si vous êtes élèves en gravure, en dessin, en peinture vous utiliserez les procédés que l’on vient de voir en 2D. Par contre en sculpture, en céramique, en verre vous utiliserez les procédés que nous allons voir et en tapisserie les deux peuvent vous servir puisque parfois une tapisserie peut être verticale et plate mais l’art textile peut être concerné par le volume et le décrochage de la surface verticale. Et en pluridisciplinaire cela dépendra du travail mis en route.
I IMPRESSIONS GENERALES
Procéder comme en 2D
II PROCÉDÉS TECHNIQUES
1 LE VOLUME
deux questions :
- Si je dois mettre l’objet dans un volume quel est-il ?
Les parois du contenant doivent être au plus près de l’objet. - Autres éléments importants à identifier : l’importance des pleins et des vides ou l’équilibre des deux dans la sculpture.
- Dans quel volume ?
Dans un premier temps on a parlé d’une pyramide, influencé.e.s par la forme triangulaire. Dont nous pouvons dire qu’elle est équilatérale et sert à donner l’harmonie à l’ensemble. Mais nous sommes d’accord qu’un cône elliptique est plus approprié au vu de la base ovale. Nous pouvons aussi imaginer qu’une sculpture contenue dans une pyramide, forme plus angulaire, aurait sans doute des angles et des lignes plus raides, tendues et des changements de surfaces plus nets. Alors qu’ici, le cône monte de manière uniforme et douce. - Le plein / le vide ou les deux : il y a des vides en-dessous des genoux de Jésus et entre le pied et le tronc sur lequel il repose. Ainsi qu’entre la main gauche de Marie et le corps de son fils. Mais globalement, c’est le plein qui domine.
(HA) Aujourd’hui, si on travaille en 3D, on ne peut plus faire l’économie de la question du socle. Si je pose mon travail sur une autre pièce, cette pièce est-elle un socle ou fait elle partie de l’œuvre? C’est Brancusi 1876/1957 qui a posé clairement la question du socle avec l’innovation de son travail.
Pour cette œuvre nous n’allons prendre en compte uniquement la partie en marbre. Lors de vos analyses esthétiques, si vous êtes face au dilemme de ne pas trouver sur quoi repose la sculpture c’est à vous de le déterminer et de le dire.
1. Dans quel volume ?
Parallélépipède rectangle tirant sur une forme trapézoïdale, ou, pyramide tronquée avec une base rectangulaire.
2. Le plein / le vide ou l’équilibre des deux ?
L’équilibre des deux, le matelas est plein, les deux mains et le bras sont entourés de vide.
- Dans quel volume ?
Une tranche de cylindre. - Le vide / le plein, l’équilibre entre les deux ?
Plus de vide.
- Dans quel volume ?
Il n’y en a pas, la question du volume est elle pour Calder aussi importante que chez Michel Ange? On voit que pour Calder c’est plutôt la ligne qui l’intéresse. L’artiste peut ne pas se servir d’un procédé technique mais cela aura des effets. - Le vide / le plein, l’équilibre entre les deux ?
Même s’il n’y a pas de volume, entre les lignes, le vide est essentiel.

- Véro Réato Biosphère 2019 – Béton fibré Haute Performance – Ivoire -Bois Bambous – Oxydes – Ø 55 cm – 22 kg
- Dans quel volume ?
Une sphère - Le vide / le plein, l’équilibre entre les deux ?
Au premier abord on dirait plein mais à bien y regarder on dirait que l’intérieur est creux donc, équilibre entre plein et vide.
2 LA LIGNE DE DIRECTION
Dans ce procédé, il est question de réfléchir aux lignes de forces et de direction. Ces lignes sont visibles ou invisibles et servent à faire voyager le regard dans l’œuvre. Attention une ligne droite est selon sa situation une verticale, une horizontale, une oblique.
Il peut y en avoir une ou plusieurs. Dans le second cas de figure il faudra les hiérarchiser. Il faudra aussi les décrire et enfin dire l’action qu’elles ont sur la dynamique de l’œuvre.
Après avoir regardé un moment et en fermant les yeux, quelle est la ligne principale que l’on définit ?
- La verticale. On hésite avec la ligne du manteau un peu courbe et oblique. La ligne de construction principale c’est bien la verticale. Elle est centrale. Elle passe entre les pieds et la tête. Elle élève et inspire la grandeur.
- La seconde serait cette ligne sinueuse qui part du côté gauche, se courbe pour suivre l’avant bras et puis tombe jusqu’au pied droit. Cette ligne est depuis la Renaissance nommée contraposto. Elle sert à assouplir et adoucir la rigidité de la verticale.
Une ligne verticale …. Non observons l’axe de la tête, du torse et des jambes. On aurait, du coup, envie de dire une ligne brisée. Mais, il y a une certaine douceur dans l’attitude, cette ligne est plutôt sinueuse. C’est plutôt une courbe et une contre courbe. Cette ligne a un nom venu de la fin Renaissance, du Maniérisme : le contraposto.
Par la suite les artistes vont bien évidemment jouer avec ce procédé et le triturer à l’envie. Mais, utiliser la courbe amène une tension en douceur.
POINT D’ATTENTION : Quand on analyse techniquement une sculpture, à moins d’avoir beaucoup de chance ou de faire le choix d’une œuvre que l’on peut aller voir dans un musée. On analysera au départ d’une photo. Cette photographie aura un point de vue précis. Il sera donc nécessaire de s’abstraire de ce point de vue photographique. Or, on analyse la sculpture, pas la photographie. Dès lors, il faut s’imaginer face à la sculpture pour définir les axes des lignes de direction.
https://juddfoundation.org/index-of-works/untitled-1966-3/
La ligne de direction est ? …. Verticale,…. Horizontale,….Quelle est la ligne majeure ?
Au premier coup d’œil on dira la verticale. Cette verticale est manifestée par les arrêtes verticales des boîtes et l’empilement.
A la question quelle est la ligne de direction ? On a répondu la verticale. On aurait pu en rester là. Mais quelqu’un a dit horizontale …. Du coup il faut examiner les choses de plus près…. Mathématiquement c’est l’horizontale, si on mesure les boîtes dans leur largeur et que l’on additionne les cotes (1016 cm) le résultat sera plus important que le total des cotes des épaisseurs (787 cm). On est dans le minimalisme, avec peu on provoque beaucoup de réflexions et de discutions.
Le vide et le plein sont équivalents.
3 L’ETAT DE SURFACE
Ce procédé est l’équivalent de la facture picturale en 2 D. On s’interrogera sur les matières et matériaux utilisés, qui traditionnellement sont la terre cuite, le bois, le bronze et autres métaux, la pierre. Mais au fur et à mesure les artistes vont se tourner vers d’autres matériaux. Il s’agira de chercher à verbaliser les sensations qu’elles et ils procurent. Et pour ce faire on imaginera passer la main sur la surface et on tachera d’en évaluer la sensation.
(HA) Brancusi va remettre en question l’utilisation et l’idée du socle, pour lui tout est sculpture.
Ici la sculpture c’est le tout sauf le carré blanc au sol.
Et donc, si je passe la main sur la surface de la partie supérieure qui est en marbre poli : lisse, doux, froid, satiné … sur le disque métallique : lisse, est-ce doux comme sur le marbre ? Glacial, coupant, blessant, … la pierre de grès en dessous : granuleux, angulaire.
l’état de surface est : Bosselé, accrocheur, blessant, accidenté, désagréable, coupant, dangereux,…
L’état de surface est : désagréable, coupant, blessant, boueux, rugueux, visqueux, gluant,…on est dans l’émotion de dégoût,…
Avec Madison avenue, on va être embêté par la plaque de plexi qui elle est lisse. Mais si on entre à l’intérieur… c’est inégal, irrégulier, lisse, doux chaud, agréable, blessant,…
Mise au point : Parfois on a du mal à dire sculpture, ici on est dans le processus d’installation. Arman accumule des objets qu’il « met en boîte » mais il n’a pas posé l’acte de sculpter. Et on va voir un vocabulaire spécifique s’étendre au 20eme siècle parce que les artistes sortent de la sculpture classique type ronde bosse. La ronde bosse est une sculpture réalisée pour en faire émerger un sujet autour duquel on peut tourner.
4 LA LUMIERE
La lumière est la condition nécessaire pour voir un objet. La lumière est portée par différentes longueurs d’ondes et selon la surface qu’elle percute, certaines de ces ondes seront rejetées ou absorbées ce qui nous permet de prendre conscience d’un objet, de sa couleur et de sa matière.
On va se poser une seule question. Comment réagit la lumière quand elle percute la surface ?
Et il y trois possibilités : absorbée, réfléchie, ombre et lumière.

Brancusi L’oiseau jaune 1919 – marbre jaune, pierre calcaire et base en bois de chêne – Hauteur totale 221, Yale University Art Gallery
(HA) Ce n’est pas de l’abstraction.
Pour rappel pour Brancusi tout est sculpture. Ici, trois matériaux différents donc trois réactions de lumière.
Réfléchie par endroit sur le marbre poli, elle revient vers nous; en même temps absorbée pour nous permettre de prendre conscience de la forme, de la couleur et de la matière de cette partie de la sculpture.
Les jeux d’ombres et de lumière ne sont pas vraiment présents ici.
Soyons toujours prudent.e.s en regardant une photo de sculpture. Il est nécessaire de faire la différence entre la sculpture et l’effet esthétisant de la photographie. Il faudra chercher une autre photo, celle-là étant trop trafiquée pour qu’une analyse de la sculpture soit pertinente.
Et la finition peut varier et modifier la réaction de la lumière.
Un bon résumé ! : où cela ne brille pas? c’est le phénomène d’absorption qui est à l’œuvre et qui nous permet de conscientiser la sculpture. L’ombre/lumière vont apparaître dans les creux de la sculpture, mais attention de ne pas confondre jeux d’ombre et de lumière et les ombres portées.
Les artistes vont jouer avec les trois types de réaction de la lumière.
Les trois effets de lumière sont perceptibles:
l’absorption pour voir et comprendre l’objet dans sa globalité, distinguer les matières, et leurs couleurs.
la réflexion sur le métal et le bois poli
des jeux d’ombres et de lumières dans la spirale du cep de vigne et sur l’extérieur dans les toutes petites veines du bois où la lumière disparaît.
5 LA COULEUR
Dans la sculpture la couleur c’est avant tout la couleur de la matière utilisée.
Le bronze est en poésie, appelé « airain ». Le bronze est composé de cuivre et d’étain en proportion variable et d’autres métaux peuvent entrer dans la composition. L’alliage et la patine du bronze feront varier la couleur, de doré à presque noir. Mais le résultat de la couleur est unique sur la pièce et relativement neutre.
90% des sculptures sont concernés par cette couleur unique du matériau.
Dans une analyse, il suffira de nommer la couleur. Dans ce cas, l’artiste n’a pas prêté grande attention à ce procédé.
Ce marbre utilisé par Michel-Ange est blanc, neutre. Cependant, il n’a pas choisi du marbre noir, vert ou rouge. Donc, il y a quand même une incidence de la couleur sur l’œuvre.

Saint Jean au Calvaire – premier quart du 16 ème siècle –
78x25x15 – Bois polychrome – origine Souabe – Musée de Cluny
Une sculpture en bois peint. Il faut l’imaginer encore plus éclatante car l’aspect chromatique est largement atténué par le temps. Au moyen âge, des couleurs étaient attribuées aux différents personnages, il y avait également de la symbolique. Dans ce cas de figure il s’agit de pratiquer la même méthode qu’en 2D.
La Cathédrale d’Amiens
Il faut savoir que de tout temps les sculptures ont été peintes. C’est vrai pour les temples grecs, que l’on voit blancs aujourd’hui, alors qu’ils étaient peints de couleurs vives. Lors de spectacle de reconstitution à la cathédrale d’Amiens, ce que l’on voit semble exagéré. Or, cela correspond à la réalité de l’époque, la couleur avait un effet attractif, avait plus d’impact et donnait un aspect plus vivant aux sculptures. Aujourd’hui cela nous choque parce que nous sommes habitué.e.s a une esthétique plus sobre.
Dans le cas où vous choisissez d’analyser une sculpture où la couleur entre en jeu il faut prendre le canevas du procédé couleur de la 2D.
Quel est le cercle chromatique utilisé, y a-t-il du noir et du blanc ? Qu’en est-il des contrastes ou de l’harmonie, des intensités ? Et enfin les caractéristiques émotionnelles des couleurs utilisées par Nicky de Saint Phalle.
Segal travaille sur le blanc qui est une non couleur, une sorte de négatif de la sculpture. Ce choix universalise le sujet, ce n’est plus X ou Y mais un homme ou une femme sur laquelle le spectateur peut projeter ce qu’il y voit.
Ici on a de la matière naturelle sur laquelle elle ajoute de la couleur, on ne peut pas ne pas en parler. Il faut donc reprendre le canevas couleur de la 2D.
Nous avons jusqu’à présent vu les cinq procédés techniques qui sont toujours présents en 3D, a savoir : le volume, la ligne de direction, la lumière et la couleur qui même si c’est une matière naturelle a une couleur et il faut en parler.
Et puis à partir du 20-ème siècle il y aura l’impact de l’environnement.
6 L’ENVIRONNEMMENT
C’est le grand questionnement sur le socle. Dans cette sculpture, qu’est-ce qui est sculpture ? seulement le buste de Sylvio, celui-ci et le petit cube en dessous de lui , ou est-ce le tout? Qu’est–ce qui est socle ? On peut dire également qu’on est dans le plein. Les questions portent essentiellement sur le volume, même si on déplace cette sculpture, sur un socle, ou qu’on le pose sur une table, dehors ou à l’intérieur son fonctionnement change a-t-il ?
Non, l’environnement n’a pas d’impact sur la sculpture.
Dans une rue d’Arles. Cette sculpture de vierge à l’enfant est placée à un angle de rue.
A-t-elle un environnement ? Au départ c’est une ronde bosse, ensuite on la place dans cet espace qui est une niche surmontée d’un dais. Si on la sort de là, l’effet est tout différent. Elle est bien environnée d’éléments : la coquille, le dais, le vase de fleurs au-dessus de sa tête et en dessous, le socle et la base en forme de chapiteau de colonne. Tous ces éléments lui donnent une importance, la mettent en évidence, en majesté.
L’environnement a de l’impact sur cette sculpture.
Voici un exemple où le terme sculpture pose problème. On peut tourner autour mais ce n’est pas une ronde bosse. Est-ce que c’est du volume ? L’effet est-il le même pour les deux œuvres ? Non, donc il va falloir parler de l’environnement. Richard long est un Land artiste, mais à un moment donné les œuvres sont rentrées dans les musées et la perception que l’on a de celles-ci change.

Mona Hatoum, Light Sentence, 1992 – dimensions variables – Treillis métallique, câbles, ampoule, minuteur.
Cette œuvre ci est également une installation. L’œuvre est composée des cages grillagées au centre de l’espace. La lumière crée des jeux d’ombres sur les murs. On ne peut pas ne pas parler de ce qui se passe dans l’environnement de l’œuvre. L’effet immatériel des ombres et de la lumière est presque plus important que les cages elles-mêmes.
La sculpture est le rideau de nylon orange qui traverse une vallée. Ici on est vraiment dans l’environnement. On ne peut pas parler uniquement de la bâche. Elle n’a d’existence que parce qu’elle est placée dans ce lieu, de l’effet qu’elle y produit. Un bon truc c’est de se demander si elle n’était pas là ? Ou de l’envisager ailleurs.
C’est un mobile comme chez Calder qui ne fonctionne que s’il y a de l’air en mouvement. Colette Billaud à donc pensé à jouer avec l’air et le spectateur puisque c’est lui qui en circulant autour de l’œuvre provoquera des déplacements d’air qui feront bouger le mobile. Pour cette œuvre qui relève plutôt de l’art cinétique on pourrait se dire que peu importe l’endroit où on la suspend elle bougera du moment que l’on circule autour. Mais l’environnement ce n’est pas seulement changer ce qui est autour de l’œuvre c’est commenter l’effet que l’environnement a sur l’œuvre comme ici l’importance de l’air.