Récapitulatif du cours précédent pour la gestion du volume dans la 3D.

Le constructivisme fait des propositions de l’ordre de l’abstraction, c’est-à-dire qu’il y a une absence de sujet.

Certains travaux étaient constitués d’éléments de rebut, cela implique une remise en question des matériaux qui sont utilisés.

Le vide devient un matériel constructeur.

Les constructivistes proposaient des suspensions au plafond ou des suspensions contre les murs. Des nouveautés de prise de place dans l’espace de la sculpture.

Brancusi installe la notion de module et un questionnement sur le socle qui amène progressivement à sa disparition.

Voilà les éléments vus le cours passé, qu’il me semblait important de répéter,  ce sont des éléments novateurs et qui vont inviter les artistes du XXe siècle, à faire de nouvelles propositions artistiques pour la 3D.

L’américain Alexander Calder propose une sculpture qu’il a appelée « Les acrobates », 1929. Il les appelle les sculptures filaires parce qu’elles sont faites avec du fil de fer.
Ici le socle existe encore. Le vide est présent partout. Son fil permet de donner le contour de chacun des éléments, comme si c’était un dessin. L’acrobate central posé sur le socle qui porte tous les autres donne l’illusion d’une corporalité, alors qu’ il n’y a qu’un fil qui génère son contour, le reste ce n’est que du vide.
Le vide comme matériel de construction du volume devient vraiment évident pour certains artistes.
Un élément supplémentaire apparait : une projection d’ombre. Nous allons y revenir plus tard.

Le travail typique de Calder : sans socle avec suspension.
Une partie métallique va supporter, des éléments abstraits, qui sont « mobiles ».
Les éléments bougent par le courant d’air par les visiteurs qui passent en dessous.
C’est ouvrir les portes pour les sculpteurs qui ne seront plus obligés de réfléchir à une sculpture sous forme de rond de bosse, placée sur un socle et autour de laquelle on peut tourner et où en fait c’est le spectateur qui est mobile. Cela modifie l’entièreté des points de vue de la sculpture.
Calder a développé son travail dans tous les champs des possibles avec toutes les formes géométriques, même avec l’introduction de courbes. Les couleur sont souvent primaires, plus le noir et blanc.
Ensuite, il va créer ce qu’il a appelé les « stabiles », c’est-à-dire stable au sol, posées au sol. Cela redevient une ronde bosse autour de laquelle on peut tourner. Cela n’a pas beaucoup d’intérêt en termes d’innovation.

Laslo MOHOLY NAGE, modulateur, entre 1922 et 193

L’artiste qui a fait évoluer les concepts en termes de mouvements.
A savoir que cette œuvre étant tellement fondamentale, a été analysée en 23.

Sculpture abstraite géométrique. Le socle fait partie de la sculpture et cela correspond à ce que Brancusi propose : « tout est sculpture ».
Cette sculpture faite de métal, associant une sphère en bois qui voyage en fonction du mouvement de la sculpture.
Les ombres provoque une effet : il y a amplification de l’objet central original vers les murs.
Il y a association de matériaux avec un vocabulaire que l’on connaît, l’abstraction géométrique. La nouveauté : des ombres. De plus, la sculpture bouge, de même pour son ombre.

C’est l’œuvre initiale de ce que l’on va appeler par la suite le courant cinétique, qui va utiliser cette particularité : le mouvement, qui donne une vie à l’œuvre originellement statique.
Normalement, ça ne bouge pas, ici au contraire cela prend vie.
Dès lors, un autre élément peut encore complexifier la sculpture. Qui dit mouvement, dit temps. Les artistes, par la suite vont aussi développer ou travailler sur cette notion du temps que la sculpture va pouvoir faire émerger.

Le mouvement avec Calder était initié par l’air.
Avec Moholy Nage c’est avec un mécanisme à moteur. Il travaille avec des principes de mécanique physique.
Le sculpteur devient également un technicien qui s’y connaît dans des aspects plus scientifiques.
De plus, il y a du son, du bruit. A nouveau, je ne développe pas dans ce cours.

Qu’en est-il avec justement mouvement et son?
Le son et Paul BURRY, artiste belge.

Paul Bury est un artiste belge représentant de l’art cinétique.

Le mouvement, chez Paul Burry est presque imperceptible. Les ponctuations : un cadre placé contre le mur d’où sortent des de tiges métalliques, au bout desquelles il y a une petite pointe souvent d’une couleur contrastante. Si on ne va pas voir plus près, on a vraiment tout raté parce que c’est en arrivant qu’on commence à se rendre compte qu’il y a des éléments qui commencent à bouger de manière imperceptible. Ces petites touches rouges vont percuter la surface et ça va faire un petit bruit de manière imperceptible. C’est à ce moment que l’on est appelé par cet objet qui bizarroïde, qui bouge et qui fait du bruit discrètement.

Un autre artiste qui va utiliser le mouvement : Jean Tinguely.

Quels sont les principes repris dans cette sculpture ? C’est une sculpture abstraite, géométrique constituée d’éléments de rebut.
Quel matériau principal? Le métal. Alors en effet, Tanguy travaille vraiment avec des ferrailleurs. Il a des ferrailleurs qui sont des grands amis.
Les morceaux de métal qu’il soude les uns aux autres et auxquels il y ajoute un moteur, des éléments, des mécanismes, des engrenages, des rouages, des roues.
Tinguely dira que nous sommes dans la civilisation de la roue et que sans la roue, on ne fait rien.
Pour créer une forme d’harmonie, il utilise une seule couleur, le noir.
Tinguely parle de ses œuvres en tant que machines, parce qu’il fait référence à la société de la roue, à la société de rebut et d’hyper-consommation.
Il dira :

« qu’il crée des machines garanties strictement inutiles ».

Ici, il rajoute des ballons qui intègre la participation du spectateur Si la machine tourne toute seule mais sans rajouter des ballons, à un moment donné, elle tourne mais les ballons ne bougent plus. La participation du spectateur va être fondamentale. Cela rajoute une dimension ludique. Cela se rajoute à l’aspect strictement inutile. Si c’est inutile, tant qu’à faire, amusons-nous. On est dans la droite lignée du dadaïsme. La démarche de Tinguely est ce que l’on appelle du néo-dada.
Il faut savoir que cet aspect ludique et de couleur va être intégré dans l’oeuvre de Tinguely grâce à sa compagne qui est Niki de Saint Phalle.

Christian BOLTANSKI, le théâtre d’ombres, 1984 qui ne ressemble en rien à ce qu’il a fait d’habitude.

Au centre il y a la sculpture principale. Je continuerai à utiliser la terminologie sculpture même si on comprend bien que ce qu’il a fait bouscule l’idée traditionnelle de celle-ci.
Le centre est fortement. Une projection d’ombres sur les murs amplifie l’œuvre.
Il y a une volonté de désincarner l’objet de base de sculpture pour travailler sur l’espace.

On est dans une transition entre Calder qui proposait des sculptures qui bougeaient avec le vent et le Modulateur de Moholy Nage en action donnant également une amplification des ombres.

Un nouvel élément va être utilisé pour construire les œuvres : l’espace, qui devient un élément central de réflexion chez le sculpteur.
L’espace devient le lieu dans lequel le spectateur va rentrer.

Mona HATOUM, « Light Sentences », 1992.

Une artiste libanaise née en 1952 à Beyrouth, qui par la suite s’est exilée aux Etats-Unis

36 modules de casiers en treillis métallique qui sont positionnés en U.
Au centre de ce U une lampe est placée sur un fil, elle monte et descend tout doucement.
Il y a projection de l’ombre des casiers qui sont constitués de lignes horizontales et verticales.
On entre dans l’espace et l’ombre des spectateurs va également être projetée. Votre présence va aussi avoir un impact sur l’espace extérieur.
La modification de la luminosité de l’espace va impacter la perception que l’on a de l’œuvre avec une ambiance émotionnelle différente, un peu plus dramatique. Une sorte d’enfermement se constitue.
Cela fonctionne grâce à l’espace associé à l’ombre et la lumière.

Remontons un petit peu en arrière, avec le mouvement dada. Une des œuvres les plus connues de ce mouvement, c’est « La Fontaine », attribuée à Marcel DUCHAMP.
On est en 1917, dans un contexte de Première Guerre mondiale.

Ce qui m’intéresse ici avec le Dada, c’est un autre artiste qui est fondamental pour la 3D : la reconstruction du  » Merzbau » de Kurt SCHWITTERS.

Projection d’un extrait vidéo du Mersbau

Kurt Schwitters artiste dada allemand, dans les années 1915-1918.
Il va beaucoup travailler en 2D, il va appeler sa démarche MERZ. Il travaille le collage, il découpe des éléments dans les journaux et il les colle l’un sur l’autre, il juxtapose. A un moment donné, émergent les lettres : MERZ. Ce mot va être utilisé pour nommer sa démarche artistique tout au long de sa vie. Et à un moment, il passe en 3D, il va l’appeler cela le MERZBAU, « BAU » en allemand signifie construction.

C’est une sculpture abstraite géométrique.
Constituée d’éléments de rebut qu’il associe, qu’il colle, qu’il juxtapose. Pour intégrer une forme d’harmonie il peint le tout avec du blanc. Il introduit des couleurs, souvent des couleurs primaires.
Le changement d’une lumière froide ou d’une lumière chaude génère une perception nouvelle du volume.

Quelle est la grande nouveauté : on rentre dans l’œuvre, cela devient un espace à part entière, c’est pourquoi le Merzbau est vraiment fondamental.
La typologie de la 3D va être complètement modifiée, on ne peut plus parler d’une sculpture, on est obligé d’inventer des nouveaux mots : installation et environnement.

Le Merzbau est l’œuvre d’ancrage qui va faire rentrer l’art dans la nouveauté où l’espace va prendre toute son amplitude et où le spectateur va être convié à participer pleinement à l’œuvre en rentrant dedans. Cela change tout en 3D.

Un autre mot va commencer à être utilisé : accumulation.
L’accumulation peut être structurée ou déstructurée. Souvent le hasard y semble présent alors que dans une installation l’aspect rigoureux apparait plus.

Pablo PICASSO, Construction aux joueurs de guitare, 1918

Chronologiquement, au même moment que Schwitters et le Merzbau.

Contre le mur, un dessin d’un joueur de guitare, en fait, Picasso reste dans sa pensée cubiste qu’il traduit en 3D.
Son dessin de joueur de guitare exploite : déconstruction en formes géométriques, multiplication des points de vue, le tout sur un seul plan. Résultat : on ne comprend plus rien. Picasso sur-rajoute une guitare qu’il a collé au mur.

Démarche différente avec El LISSITSKY, l’espace Proun, 1923

Artiste designer, architecte russe. Au départ, il travaille dans le surréalisme, par la suite il va fréquenter beaucoup les constructivistes dont on a vu les œuvres au cours précédent et l’école du Bauhaus qui va être fondamentale pour le design.

Et Lissitzky va réfléchir à la notion d’espace pour exposer ces tableaux. A l’exposition de Berlin de 1923, il va créer l’espace Proun, la photographie est une reconstitution. Il définit l’espace Proun comme étant un projet pour l’affirmation du renouveau.

Pour lui, la création doit avoir comme visée une forme nouvelle au service de la construction d’un monde nouveau. On est dans cette démarche d’après-guerre, russe-révolution «on change tout, on va de l’avant ».

Une pièce fermée par trois murs, les éléments y sont collés. Abstraction géométrique, influence du suprématiste par l’utilisation des lignes obliques avec l’intégration d’un mouvement.
Les éléments flottent dans l’espace et il vont être en relief. Il voulait que les visiteurs rentrent dans cet espace et fassent une expérience visuelle d’éléments évoluant dans l’espace. Cela ne fonctionne pas vraiment mais l’intention est là.

Nous ne sommes en 1923, il y a un siècle…